Tout Parisien nouvellement installé à Toulouse se voit rapidement confronté à deux marqueurs lexicaux essentiels et discriminants. Il sera contraint d’apprendre à commander des “chocolatines” et à s’orienter sur la “rocade”. Cette autoroute périphérique qui n’en a pas toujours été une.
« Nous avons trouvé une petite maison à deux pas du périph… De la rocade ! On est passé par le périph… La rocade ! » La tradition se perd, mais on entend encore parfois certains Toulousains à l’esprit cocardier reprendre les nouveaux venus et leur rappeler avec malice qu’ici, l’identité, on l’a sur le bout de la langue. Car, comme l’attachement à un trois-quarts aile svelte, l’art de conseiller la ”rocade Ouest” ou de s’orienter sans trembler sur les bretelles de l’échangeur du Palays n’est pas qu’une coquetterie locale. C’est aussi un héritage. Un pan d’histoire que l’on pourrait oublier si l’on n’y prêtait pas attention.
En effet, sur le papier, la rocade n’en est plus une depuis plus de vingt ans. Par définition, celle-ci diffère d’un périphérique en cela qu’elle contourne ou longe une agglomération sans en réaliser le tour complet. Or, jusqu’à l’inauguration de l’échangeur de Langlade en 1995, la ceinture de contournement de la Ville rose était composée de plusieurs tronçons disjoints. Trois rocades connectant entre elles les autoroutes A61, A62 et A64 et correspondant au prolongement et aux réaménagements successifs des axes majeurs pénétrant Toulouse. Notamment les mythiques nationales 113 et 117. « C’est un équipement qui a été réalisé en plusieurs étapes. Tout a commencé en 1947 quand le projet d’autoroute de la vallée de l’Hers a été inscrit au plan d’urbanisme », rappelle Robert Marconis, géographe spécialiste des recompositions urbaines et auteur de l’ouvrage ‘’Toulouse : un métro pour changer de siècle’’.
Dès 1981, plusieurs boulevards, percés à partir de la fin des années 1970, permettaient d’éviter la ville en passant par l’Ouest. Un an plus tard, c’est la rocade Sud qui est inaugurée, en même temps que l’emblématique pont-canal des Herbettes, un aqueduc construit pour résoudre l’épineuse question du franchissement du Canal du Midi. Enfin, il faudra attendre 1988 pour que soit achevée, après trois ans de travaux, la voie de contournement par l’Est. « Ce chantier a été confié à Vinci », rappelle Robert Marconis. Ce tronçon est donc toujours exploité par le géant du BTP français. « C’est une portion à péage, mais qu’on ne paye qu’une fois sorti de Toulouse », décrypte le géographe toulousain, qui s’amuse de la coexistence de deux statuts. « Suivant que vous tombez en panne sur la partie Est ou Ouest, vous avez affaire à Vinci ou à la Direction interdépartementale des routes. » Ces nouvelles voies rapides urbaines n’ont été que tardivement reliées entre elles par des bretelles, offrant un parcours continu autour de la ville. La rocade accédant alors au rang de périphérique. Ce qui ouvrit le chemin aux fâcheuses mésententes sur le choix de l’anneau intérieur ou extérieur.
Nicolas Belaubre
Nicolas Belaubre a fait ses premiers pas de journaliste comme critique de spectacle vivant avant d’écrire, pendant huit ans, dans la rubrique culture du magazine institutionnel ‘’à Toulouse’’. En 2016, il fait le choix de quitter la communication pour se tourner vers la presse. Après avoir été pigiste pour divers titres, il intègre l’équipe du Journal Toulousain, alors hebdomadaire de solution.
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