Tout amateur de liqueur se doit d’en avoir une bouteille dans son bar. Avec sa couleur verte caractéristique et sa bouteille en forme de lampe à huile, cette célèbre boisson trône toujours sur les étagères des discothèques à la mode… et règne dans le cœur des Revellois. La Fabrique des frères Get, à Revel, au début du siècle dernier. Elle est aujourd’hui devenue un centre culturel.
Elle a beau flirter avec les 225 ans, « cette boisson a encore pas mal de succès. À paris, les jeunes organisent même des Get surprise-party ! » Et c’est Jean-Paul Calvet qui vous le dit. Président de la Société d’histoire de Revel Saint-Ferréol, il est certainement le plus fin connaisseur du Get 27. Ou plutôt du Pippermint Get, comme il l’appelle encore, de l’ancien nom de cette boisson alcoolisée inventée dans sa ville natale. « Quand j’étais petit, je passais quatre fois par jour devant la fabrique qui se trouvait à côté de l’école primaire. Les filtres utilisés dans l’élaboration du Get 27 étaient jetés dans les anciens fossés de la ville. Comme tous les enfants, j’allais les ramasser pour les glisser dans mon cartable… Nous embaumions la menthe ! Soixante ans après, j’ai toujours cette odeur en tête. » Une affiche publicitaire pour la liqueur de menthe revelloise signée Jules Cherret, en 1899
Au milieu du XIXe siècle les frères Jean et Pierre Get — prononcez ’’jé ’’ — améliorèrent la recette de la crème de menthe inventée dans leur distillerie revelloise quelques décennies plus tôt… et quelques années plus tard, elle était mondialement connue. « Au début, Pierre traversait l’Occitanie en calèche pour distribuer ses bouteilles. Ensuite les commandes ont commencé à affluer de tous les départements français. Puis de la planète entière. De la Cochinchine jusqu’en Australie », rapporte l’historien. Dans les colonies, on buvait la liqueur verte pour se rafraîchir. Sur les bateaux, pour lutter contre le mal de mer. Et partout ailleurs, pour se protéger du choléra. « Elle était censée avoir des vertus médicinales, car les gens croyaient que la menthe nettoyait aussi bien les poumons que les intestins. Je doute qu’elle n’ait jamais eu aucun effet préventif ou curatif », se désole Jean-Paul Calvet.
C’est parce qu’elle était très innovante que l’affaire a prospéré. Avant l’heure, les frères Get avaient adopté un mode de production à la chaîne et des techniques de marketing percutantes. « Ils ont fait travailler les plus grands affichistes et peintres de leur époque, comme Cezanne. Et ils ont multiplié les produits dérivés : des tire-bouchons aux cartes à jouer ». C’est ainsi que Revel est devenue la capitale mondiale de la menthe poivrée… au moins aux yeux de ses habitants. « Vous savez, nous avons un gros nombril et ne faisons pas toujours dans la modestie. On s’est aussi arrogé le titre de capitale mondiale du meuble d’art ! », rajoute Jean-Paul Calvet. Reste que la petite ville de Haute-Garonne fut le seul lieu de production du Get jusqu’au déménagement de l’usine dans les Bouches-du-Rhône, au début des années 1990. Et que lorsqu’on leur en parle, « tous les Revellois de plus de 40 ans ont le regard qui s’illumine. »
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En bonus, le “veston aphrodisiaque” de Salvador Dali, qui contenait du Pippermint…
Philippe Salvador
Philippe Salvador a été reporter radio pendant quinze ans, à Toulouse et à Paris, pour Sud Radio, Radio France, RTL, RMC et BFM Business. Après avoir été correspondant de BFMTV à Marseille, il est revenu à Toulouse pour cofonder le magazine Boudu.
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