TROIS COUPS – Le JT s’est glissé à l’arrière des décors du célèbre théâtre toulousain à la découverte de la machinerie et des techniciens. Tous ces rouages qui permettent aux pièces de prendre vie une fois le rideau tiré. Monique Castro Décors du spectacle de anse « Delhi », mis en scène par Galin Stoev, du 11 au 20 janvier au TNT © Franck Alix
Un groupe de visiteurs de tous âges se presse autour de l’équipe technique du Théâtre national de Toulouse (TNT) pour une découverte des coulisses de cet édifice à l’architecture de paquebot, dessiné par Alain Sarfati. Première étape : la grande salle et ses 888 fauteuils. Mais cette fois vue depuis la scène. Fort de ce privilège de pouvoir arpenter le plateau à sa guise, chacun déambule de long en large, se demandant quelle impression cela doit procurer d’être face à une salle comble. Une dame s’enquiert de savoir s’il y a encore des souffleurs. « Non, il n’y en a plus », répond Pierre Bourrel, régisseur plateau. « Les souffleurs, il y en avait à la Comédie française, quand les acteurs jouaient plusieurs pièces en même temps et pouvaient avoir des trous. » Aujourd’hui, seuls les vieux comédiens ont droit à une oreillette. « Depardieu aussi », lance-t-il sans que l’on réussisse à savoir si c’est une blague ou pas…
Derrière les rideaux se cache toute la machinerie qui permet d’actionner les perches, ces longues tiges métalliques sur lesquelles la vingtaine “de machinos” – les techniciens plateau – accrochent des projecteurs, des éléments de décor ou des personnages. Habillés de noir pour être les moins visibles possible, c’est eux qui déplacent les décors quand la lumière s’éteint, se repérant avec des stickers fluorescents au sol. Ils sont reliés par micro avec les “cintriers” qui 15 mètres plus haut, sur des passerelles, remplissent des petits paniers de contrepoids pour équilibrer la perche quand elle descend. « Tout ce système de cordes, de nœuds, de renvois, de poulies, de haubanage est issu du monde de la marine », raconte Jean-Marc Boudry, le directeur technique. « Autrefois, les menuisiers de marine travaillaient dans des théâtres, l’hiver, quand ils ne pouvaient pas partir en mer. »
C’est à cause d’eux que dans un théâtre comme sur un bateau, il est interdit de prononcer le mot corde, en référence aux marins mutins qui étaient pendus sur les navires. Pour s’assurer qu’ils sont synchrones avec les comédiens auxquels il faut de temps à autre faire passer un objet ou en récupérer, ils peuvent voir tout ce qui se passe sur scène grâce à un moniteur qui retransmet les images prises par une caméra qui filme depuis la régie. Quand les interventions sont rapides et qu’il y a de nombreux décors à changer, comme ce fut le cas pour le spectacle “Mille francs de récompense” de Victor Hugo mis en scène par l’ancien directeur du TNT Laurent Pelly, les techniciens sont divisés en deux groupes : les jardiniers et les coursiers, selon qu’ils interviennent côté cour ou côté jardin. Quand on se trouve face à la scène, le côté jardin est à gauche, le côté cour à droite. « Avant 1789, on disait côté roi et côté reine car ils étaient toujours assis à la même place. Après la Révolution, il a fallu trouver autre chose pour distinguer les côtés du théâtre. Comme la Comédie française est prise entre le Jardin des tuileries et la cour du Palais royal, on a choisi “jardin’’ et ‘’cour”. », précise Pierre Bourrel.
La visite se poursuit sous la scène, dans un espace de 7,50 mètres de profondeur d’où les techniciens peuvent faire surgir des décors et continue dans la salle des maquettes. Il s’agit de représentation au 1/50e des décors des différents spectacles. La maquette permet au directeur technique de visualiser si ce que lui demande le metteur en scène est réalisable ou pas. Souvent, cela vire au casse-tête : une fois, se souvient Jean-Marc Boudry, Jean-Pierre Verger, le scénographe de Georges Lavaudant qui mettait en scène “La clémence de Titus”, lui a demandé « un rideau de 12 mètres de long par 4 de haut translucide, derrière lequel se tiendraient les comédiens et qui pourrait subitement se déliter comme s’il fondait ». Après avoir beaucoup réfléchi et tâtonné, il a utilisé le papier des sachets de lessive qui fond au contact de l’eau… « J’ai eu la chance de tomber sur quelqu’un à qui l’idée du spectacle a plu et qui a accepté de m’en vendre juste quelques mètres », glisse Jean-Marc Boudry. On pourrait imaginer qu’il existe des manuels, des logiciels, des livres d’astuces, mais non. A chaque fois il faut s’adapter, bricoler. C’est aussi ça le monde du théâtre !
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