PLUME. Dans le film “L’Atelier”, actuellement au cinéma, une romancière anime un atelier d’écriture à des jeunes en difficultés. L’écrivaine toulousaine Frédérique Martin, elle, ne joue pas un rôle. Nous l’avons suivie dans une classe de troisième SEGPA à Muret. Son défi : aider ces collégiens en froid avec les livres à écrire un roman collectif. Maylis Jean-Préau © Rémi Benoit
Au milieu des immeubles, des cris, des ballons qui volent et des adolescents se bousculant dans la cour. Il est 10h30, la fin de la récréation vient de sonner dans le collège Louisa-Paulin de Muret. « On s’assied correctement et on enlève les manteaux ! », répète la professeure Frédérique Coulombeau dans sa salle de classe. Dans un joyeux tintamarre, la dizaine d’élèves s’installe. Un garçon bâille sous son sweat à capuche. D’autres échangent des vannes en tapant sur leurs tables.
Ils s’appellent Yannis, Malaurie ou Nelson. Ils sont en classe de troisième SEGPA, la section d’enseignement général et professionnel adapté pour les jeunes ayant des difficultés scolaires. Au tableau, Frédérique Martin les accueille avec un large sourire. C’est la seconde fois que l’auteure du roman ” Sauf quand on les aime ” et du recueil de nouvelles ” J’envisage de te vendre “, se rend dans leur classe. « J’interviens pour l’association “Réparer le langage, je peux”. Nous sommes une dizaine d’écrivains à animer des ateliers en Haute-Garonne et à Paris. Chaque classe écrit un roman. Un ouvrage collectif sera publié et présenté au Salon du livre des collégiens en juin », explique-t-elle.
Pour les élèves de Louisa Paulin, l’écriture du livre s’annonce comme une véritable aventure. « Au début, je me suis dit que ce n’était pas possible, un roman c’est beaucoup trop long ! », avoue Bryan avec franchise. Pourtant, depuis un mois, chapeautés par la romancière et leur professeure de français, ils ont déjà bien avancé sur leur récit. « On a trouvé une histoire et des personnages, on s’est inspiré de nos vies à nous », glisse Yannis, mèches blondes et sourire facétieux. Leur intrigue se passe entre Toulouse et Marseille. Le héros se nomme Guizmo, un garçon de 12 ans qui fait du petit trafic avec le gang de la Castellane. À cause d’un paquet perdu, il fuit à Toulouse où il sera aidé par Sonia, la sœur de Rick, un ancien délinquant devenu policier…
« Aujourd’hui, nous allons travailler sur le plan, en découpant l’histoire par scènes pour que vous puissiez poursuivre l’écriture plus facilement », indique Frédérique Martin. Feutre bleu à la main, elle note sur le tableau blanc les idées des écrivains en herbe. D’abord en retrait, les collégiens se plongent peu à peu dans leur scénario. L’écrivaine les aiguille tout en restant fidèle à leurs idées : « Que va-t-il se passer maintenant pour Guizmo qui a été attaqué à la gare Matabiau ? » Sweat à capuche noir et survêtement bleu, Rayan lève la main : « Je propose qu’il se venge ! » Frédérique Martin hausse les épaules : « On ne va quand même pas se castagner à tous les paragraphes ? À présent, Guizmo va essayer de contacter son cousin Pipo, comment va-t-il s’y prendre? » Yannis s’égosille malicieusement : « J’ai une idée, il va aller sur Snap ! »
À la scène 6, les coécrivains sont divisés. L’un des personnages, Pipo, doit faire un choix : prendre le parti de son cousin Guizmo ou celui de son meilleur ami Razmo. « Pipo et Razmo sont des copains, ils ne peuvent pas se battre », plaide Rayan qui prend la question très à cœur. Vanessa n’est pas du même avis : « Tu vas laisser ton cousin se faire séquestrer toi ? » Un vote a lieu pour décider de l’issue de la scène. Mais Rayan a du mal à accepter le rôle donné à Razmo, personnage sorti de son imagination : « Madame, ça veut dire que Razmo va faire un rapt, donc qu’il va faire de la prison et tout ? » Frédérique Martin en profite pour leur rappeler que, parfois en littérature, l’auteur fait faire à ses personnages des choses qui ne lui plaisent pas. « Si tu ne voulais pas qu’il fasse de la prison, il fallait choisir une histoire avec des licornes et des fées ! », lance blagueur Ryan à son camarade. La classe éclate de rire. Et les idées continuent de fuser. « On pourrait en faire un film », propose Nourdine.
Reste aux collégiens à rédiger les neuf chapitres pour clôturer leur roman. « Je déteste écrire, c’est trop galère », lâche Nourdine, tout en écoutant les conseils de Frédérique Martin. Vanessa, elle aussi, affirme n’aimer ni lire ni écrire. Mais quand on lui parle du Salon du livre des collégiens et des dédicaces qu’ils vont donner pour leur roman, son regard s’illumine timidement : « Ce jour-là, je serai quand même un tout petit peu fière ! »
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