Quelques tables, des canapés, une cuisine et des jeux pour les enfants. La Maison des Familles est un lieu d’accueil, sans rendez-vous ni engagement, destiné aux parents. 40 % des familles qui la fréquentent sont monoparentales. Elles viennent y trouver un espace d’échange informel, libre et convivial. ®Franck Alix
Au 189 rue du Faubourg Bonnefoy, derrière une vitrine aux couleurs vives qui peut rappeler une crèche, se cache la Maison des Familles de Toulouse (MDF). Un lieu d’accueil dédié aux parents dont la vocation principale est de favoriser les relations humaines. Un besoin qui se fait particulièrement sentir chez les familles monoparentales. Ici, on trouve en majorité des femmes et 40 % des parents qui fréquentent le dispositif vivent seuls. « L’unique condition pour venir, c’est d’avoir des enfants à charge. Que l’on soit parent, grand-parent ou tuteur. La plupart des programmes liés à la parentalité sont tournés vers les enfants et les adultes sont réduits à un statut d’accompagnateurs. Ici, c’est le contraire », précise Charlène Sénegas, la responsable de cette structure cofondée par quatre associations (Secours catholique, Cité Caritas, ATD quart-monde et les Apprentis d’Auteuil).
Dans un local de 120 mètres carrés, huit bénévoles et deux salariés se relaient, tous les jours de la semaine, pour recevoir les parents isolés. Avec une cuisine, un espace salon, des coins pour jouer avec les enfants, lire, se détendre quand on le souhaite, la Maison des Familles est avant tout un lieu d’écoute, de partage et de convivialité.
Pour y venir, aucun rendez-vous ni de recommandation n’est nécessaire. Il suffit de pousser la porte. Comme l’a fait Badra, peu de temps après l’ouverture de la MDF, en septembre 2019. « Je suis entrée par hasard. J’avais besoin de parler », confie cette grand-mère en se prenant la gorge entre les mains. Arrivée en France il y a un peu plus d’un an, elle est venue s’occuper de sa petite-fille. Celle-ci s’étant retrouvée seule à Toulouse, après avoir immigré sans ses parents, à l’âge de 11 ans et demi. Aujourd’hui, Badra a cuisiné de délicieuses pâtisseries qu’elle partage, au salon, avec deux autres mamans et Charlène Sénegas. Autour d’un café, cette dernière leur parle du dispositif ”Réussite éducative”, un programme de lutte contre l’échec et le décrochage scolaire. Rapidement, la discussion s’engage sur la capacité de leurs enfants respectifs à ressentir leurs difficultés et à prendre sur eux en silence. Alternant l’arabe, le français ou l’italien, les quatre femmes se comprennent. Les réalités qu’elles partagent les unissent au-delà de la barrière de la langue.
« On écoute beaucoup. C’est notre principale fonction », explique Charlène Sénegas qui, par de sporadiques questions, encourage les confidences avec tact. « Nous ne sommes pas un lieu d’accompagnement social même si nous pouvons orienter ou assister les familles, notamment monoparentales, dans certaines démarches. Nous les incitons surtout à se servir des équipements à leur disposition : bibliothèques, centres sociaux, jardins publics… Mais nous ne faisons pas de suivi et nous n’attribuons aucune aide financière. Ici, nous ne demandons aucun engagement aux parents. Ils sont là précisément parce qu’ils se sentent libres et que l’on n’attend rien d’eux », assure la responsable qui propose une visite de la crèche du quartier à une jeune maman qui vient d’arriver.
Une attitude fondée sur la confiance et la bienveillance qui fait le succès du lieu. « Depuis l’ouverture, en septembre dernier, nous avons accueilli 75 familles. Une trentaine d’entre elles viennent très régulièrement », estime Charlène Sénegas qui rappelle que ces ménages, en situation d’isolement, portent une charge trop souvent invisible. « Ce sont des personnes dont on attend beaucoup. Leurs interlocuteurs ne comprennent pas toujours qu’elles ne puissent pas se libérer, car ils pensent qu’elles ne font rien de leur journée », décrit-elle.
« Le lundi, c’est rendez-vous, rendez-vous, rendez-vous… Que des problèmes administratifs et du stress, c’est trop », confirme Badra. Comme elle, de nombreux parents s’arrêtent seulement le temps d’une pause, pour bénéficier d’un contact humain qui fait parfois défaut dans leur vie quotidienne.
« Ici, on trouve du partage et de la joie. Quand je viens, je parle beaucoup. Je ne sais pas pourquoi je parle autant. Sans faire attention, ça sort. Nous avons tellement de problèmes… Depuis que je suis en France, je n’ai pas l’occasion d’échanger avec beaucoup de gens », raconte Inaam. Cette dernière est arrivée avec son mari il y a huit ans, alors qu’elle était enceinte de leur deuxième enfant. Aujourd’hui séparée de son époux, elle élève seule son fils et sa fille et vient, presque tous les lundis, passer un moment à la Maison des familles.
Une fois l’école terminée, son fils la rejoint. « Il joue avec Nicolas, l’un des bénévoles. Il est content et se défoule. Ça lui fait beaucoup de bien de voir un homme », se réjouit cette mère célibataire qui s’engage elle-même dans d’autres structures, pour rendre le soutien qu’elle reçoit.
Pour favoriser ces liens et cette démarche d’entraide, la Maison des familles organise, tous les 15 jours, un repas partagé qui réunit entre 20 et 30 personnes. Ce sont les parents eux-mêmes qui se chargent de faire les courses et de préparer le menu. « Tout se joue dans ces moments informels », observe Charlène Sénegas dont l’équipe est en train de mettre en place une nouvelle activité : “Y a pas de parents parfaits”. Un temps d’échange bimensuel pour aborder des thématiques choisies collectivement de manière plus structurée.
Des réunions où la confidentialité est de rigueur afin d’instaurer un rapport de confiance. Une condition essentielle pour mener à bien cette mission d’accueil. « La première fois que Badra est venue, elle a beaucoup parlé et je n’ai pratiquement fait que l’écouter », se remémore-t-elle. À la fin de la discussion, celle-ci s’est même excusée : « Je suis désolée, je ne sais pas pourquoi j’ai dit tout ça, mais je vais mieux. »
Infos pratiques
Maison des Familles de Toulouse (Pour plus de renseignements cliquez ici)
189 rue du Faubourg Bonnefoy
Horaires d’ouverture
Lundi : 10h – 17h30
Mardi : 10h – 17h30
Mercredi : 13h30 – 18h
Jeudi : 10h – 17h30
Vendredi : 10h – 17h30
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