En 2024, 5 500 patrons d’entreprise en Occitanie ont perdu leur emploi selon l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs. Une année record, avec « un chiffre au plus haut depuis 2015 ». Explications.
La situation se dégrade pour les entrepreneurs dans la région. En effet, en 2024, 5 500 patrons en Occitanie ont perdu leur emploi, un chiffre en hausse de 11,7 % sur un an. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis la création du baromètre de l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs en 2015, réalisé par l’association GSC et la société Altares. Cette crise touche particulièrement les petites entreprises et certains secteurs comme la construction, le commerce ou encore l’hôtellerie-restauration. « Face à ce contexte économique dégradé, il est essentiel de sensibiliser les entrepreneurs à la nécessité de maîtriser les risques en les informant sur les filets de sécurité financiers à leur disposition », alerte Hervé Kermarrec, président de l’association GSC.
La situation en Occitanie est donc préoccupante : chaque jour, plus de 15 chefs d’entreprise ont perdu leur emploi en 2024. La tendance est particulièrement marquée dans certains départements. « L’Hérault est le département le plus touché, avec 1 325 chefs d’entreprise ayant perdu leur emploi, soit une hausse de 18,4 %. En Haute-Garonne, 1 190 entrepreneurs sont concernés (+2,6 %). L’Ariège et les Pyrénées-Orientales enregistrent les plus fortes évolutions avec respectivement +32,1 % et +24,4 % des entrepreneurs ayant perdu leur activité en un an », détaille l’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs.
Dans le Gard, 635 dirigeants ont perdu leur activité, 364 dans l’Aude et 300 dans le Tarn. Même le Lot, qui avait connu une baisse en 2023, voit une augmentation de 14,3 %. En revanche, l’Aveyron est l’un des rares départements à enregistrer un recul (-7,5 %).
Ce sont principalement les très petites entreprises (TPE) qui souffrent le plus. « Près des trois-quarts des entrepreneurs de la région en situation de perte d’emploi sont à la tête d’une TPE de moins de trois salariés », souligne l’étude. L’âge moyen des chefs d’entreprise concernés est de 47,2 ans.
Thierry Millon, directeur des études Altares, alerte sur cette tendance : « Les défaillances d’entreprises enchaînent les records depuis des mois et les petites entreprises paient un lourd tribut. Les liquidations judiciaires directes ou post redressements judiciaires sont prédominantes, supprimant l’emploi de plus de 60 000 dirigeants en 2024 et probablement davantage encore en 2025. […] En illustration, la perte d’emploi de dirigeants de plus de 60 ans accélère fortement (+33 %) ; un constat qui résonne à l’heure des discussions sur l’employabilité des seniors. »
Certains secteurs sont plus touchés que d’autres. « Les fragilités du secteur de la construction s’accentuent en 2024 en raison de la hausse des prix des matériaux : 1 529 femmes et hommes de la région ont perdu leur emploi (+29,1 %), en particulier dans le bâtiment », précise l’Observatoire.
Le commerce connaît une hausse plus modérée (+3,9 %), avec 1 216 entrepreneurs impactés, dont 801 dans le commerce de détail. « En raison de la décélération de l’inflation, la hausse du nombre de pertes d’emploi dans le commerce est plus modérée », peut-on lire dans le communiqué.
De leur côté, l’hôtellerie, la restauration et les débits de boissons ont vu 832 entrepreneurs perdre leur activité, une hausse de 0,8 %, avec les restaurateurs représentant les deux tiers des pertes. « Les activités de restauration concentrent plus des deux tiers des chefs d’entreprise impactés du secteur », ajoute l’étude.
Enfin, les services aux entreprises ne sont pas épargnés : 622 dirigeants ont perdu leur emploi en 2024.
L’Observatoire de l’emploi des entrepreneurs met ainsi en lumière un contexte économique défavorable, marqué par une croissance faible et une instabilité politique. « Cette situation s’inscrit dans un contexte économique particulièrement tendu, avec une inflation certes contenue mais une faible croissance qui fragilise les entreprises. Souvent confrontés à des difficultés de rentabilité, les entrepreneurs peinent à maintenir leur activité », souligne Hervé Kermarrec. « Le début de l’année 2025 sera crucial pour beaucoup. Les mesures fiscales votées, l’instabilité politique et les tensions internationales plongent les chefs d’entreprise dans un climat de forte incertitude. »
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