INTERNATIONAL. Face aux accusations de dérives autoritaires du président Erdogan suite aux purges réalisées notamment dans les milieux intellectuels, certaines associations turques de Toulouse dénoncent, elles, une information biaisée en France et en Occident.
Par Nicolas Mathé
Necmettin Mercan, président de l’Association culturelle franco-turque de Toulouse n’y va pas par quatre chemins : «Bien sûr, les purges en Turquie sont nécessaires, elles doivent être ciblées et contrôlées mais il faut sortir tous les partisans de Gülen (accusé d’avoir commandité le coup d’État, ndlr) pour éviter un nouveau putsch». L’entrepreneur dans le bâtiment, installé en France depuis plus de 30 ans assure qu’à l’image du soutien populaire dont il bénéficie dans son pays, la grande majorité de la communauté turque de Toulouse est solidaire de l’action du président. « D’ordinaire, nous sommes loin d’être d’accord sur tout, mais que ce soient les nationalistes de l’association Otuken ou même certains groupes kurdes, tout le monde se rassemble pour condamner le putsch.» Alors que l’inquiétude générale grandit quant au virage autoritaire pris par la Turquie au lendemain du putsch imputé aux partisans du mouvement de Fethullah Gülen, Necmettin Mercan estime, lui, que la presse occidentale renvoie une image biaisée de Recep Tayyip Erdogan. Il dresse au passage un portrait sans nuances du mouvement güleniste, qualifié de « secte aveuglée par un gourou ». Ainsi, à Toulouse, une dizaine de familles adhérentes du mouvement accusé de trahison et qui côtoyait les locaux de l’association culturelle franco-turque à la Reynerie, a depuis les événements de juillet été sommée d’aller prier ailleurs. « C’est une manière de les protéger car il y a beaucoup de haine. Il y a eu des problèmes dans d’autres villes, on ne veut pas que ça arrive ici », justifie Necmettin Mercan.
“Erdogan n’a pas attendu les récents événements pour amorcer un virage autoritaire”
Malgré le discours des associations ayant pignon sur rue, comme l’association culturelle franco-turque, directement liée au ministère de la Culture et de la Religion du pays, des voix s’élèvent tout de même pour dénoncer la situation. C’est le cas de Zoubeyr Mahy, président de l’Association franco-kurde de Midi-Pyrénées. Originaire d’Irak, il a vécu plusieurs années en Turquie et pour lui, pas de différence entre Gülen et Erdogan à partir du moment où la religion se mêle à la politique. « Erdogan n’a pas attendu les récents événements pour amorcer un virage autoritaire. En laissant l’islamisme monter, en s’alliant avec la Russie et l’Iran et en tournant le dos à l’Occident, il joue un jeu très dangereux et ce sont les Turcs qui le paieront un jour où l’autre. Il prend le chemin que Saddam Hussein a pris avant lui, ce n’est plus un président mais un sultan.»
La rédaction
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