Sur 35 000 communes, environ 5 000 exigent un second tour. Parmi elles, la ville de Toulouse dont quatre candidats sont susceptibles d’animer la suite de l’élection. Mais en raison de l’épidémie de coronavirus, le gouvernement a décidé de reporter la deuxième phase du scrutin au mois de juin. Fusion de listes, campagne suspendue… Quel est l’impact de cette décision ? Pour les candidats, la campagne pour les municipales est suspendue jusqu’à nouvel ordre – Capitole de Toulouse © DR
En raison du passage au stade 3 de l’épidémie et de la nécessité de confiner la population pour enrayer la propagation du coronavirus, le président de la République a annoncé, ce lundi 16 mars, le report du deuxième tour des élections municipales au mois de juin prochain. Une décision qui doit toutefois être actée par une loi que le Parlement devrait voter dans la semaine et qui soulève encore quelques interrogations quant à la date du nouveau scrutin ou la possibilité constitutionnelle de conserver les résultats de ce dimanche 15 mars. Si les candidats sont unanimes à l’heure d’approuver cette mesure exceptionnelle qui suspend momentanément les élections, certains voient dans la « sanctuarisation » du premier tour une entorse constitutionnelle opportuniste.
Dès la fermeture des bureaux de vote, Nadia Pellefigue, la candidate du mouvement Une, manifestait son incompréhension d’avoir vu le scrutin « maintenu dans ce contexte » et appelait le gouvernement à prendre une « décision responsable » pour le second tour. Le lendemain, dans la foulée de l’allocution du président, Antoine Maurice, tête de liste Archipel Citoyen, saluait la « sage décision » du président de la République sur twitter. « La priorité est à la lutte contre le coronavirus », indiquait-il tout en appelant la ville de Toulouse à « mettre en œuvre toutes les actions possibles pour prendre sa part face à la crise sanitaire ».
Un choix de santé publique évident pour Pierre Cohen, candidat Génération.s, qui s’interroge sur le bien fondé du maintien du premier tour et sur le caractère constitutionnel d’un report ne concernant que le second. « Le délai entre les deux scrutins est encadré par la Constitution et ne peut pas se balayer d’un simple décret ou d’une loi. Même s’il y a une volonté de sanctuariser le premier tour de la part de certains qui sont contents de leur résultat, ce sera aux juristes et aux constitutionnalistes de trancher sur la question cette semaine », observe-t-il.
Pour Jean-Luc Moudenc, le maire sortant, le report du second tour est une décision « légitime et pleine de bon sens ». Et même s’il considère avoir été le candidat qui a « subi le plus l’effondrement de la participation », celui-ci soutient le choix du gouvernement de conserver les résultats déjà exprimés : « Nous ne pouvons pas rayer d’un trait de plume l’effort de citoyens qui ont exercé leur droit civique malgré la peur. » Même son de cloche chez Archipel citoyen qui rappelle que « la règle donnée par le ministère de l’Intérieur est claire : on garde les résultats du premier tour ».
Autre conséquence de l’annulation du scrutin de ce dimanche 22 mars, l’échéance de dépôt des candidatures a été repoussée à une date encore inconnue. Les trois listes de gauche susceptibles de fusionner obtiennent donc un sursis pour négocier les conditions de leur union. « Les discussions avec Pierre Cohen ont abouti dès dimanche soir », assure Antoine Maurice qui, avec 27,56 % des votes exprimés au premier tour, a confirmé son statut de leader du rassemblement de la gauche.
« Nous avons acté un accord sur les grandes lignes du projet et sur la participation d’un certain nombre d’entre nous à la future liste. C’est allé vite car nous étions prêts », confirme Pierre Cohen que le score de 5,66 % autorise à fusionner pour le second tour. Toutefois, la proportion et l’ordonnancement final des membres de Pour la cohésion qui participeront à cette union de la gauche dépendra des négociations avec Nadia Pellefigue. « Celles-ci ce sont poursuivies jusqu’à hier soir. La situation nouvelle a suspendu provisoirement les choses mais nous allons reprendre rapidement à distance », ajoute Antoine Maurice qui rappelle que l’urgence est à la mobilisation face à la crise sanitaire. « La campagne est suspendue », confirme Nadia Pellefigue qui assure avoir assumé ses « responsabilités de tête de liste et de femme de gauche » en cherchant « les conditions du rassemblement », malgré la situation et jusqu’à l’annonce du report.
En pleine crise, Jean-Luc Moudenc se concentre lui sur son rôle de maire : « Je suis à des années lumières des questions électorales. Je suis absolument mobilisé, occupé et préoccupé par la mise en place des mesures de protection de nos concitoyens. » Celui-ci a d’ailleurs déjà fermé son local de campagne et refuse de se projeter dans le calendrier évoqué par le Premier ministre. « Nous verrons dans quel état seront les gens au sortir de cette épreuve. Quel sera le bilan humain, économique et social ? Si celui-ci est trop lourd, les gens n’auront peut-être pas la tête à de nouvelles élections. Cela leur paraîtra peut-être dérisoire et indécent de proposer un scrutin juste au sortir de la crise. » Avec une campagne pour le moment placée sous drapeau rouge, les candidats devront se préparer à un sprint inédit pour ce dernier tour de l’élection municipale d’ores et déjà la plus longue de l’histoire de la Ve République.
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