Commercialiser des semences libres et reproductibles, c’est le combat mené par Kokopelli depuis deux décennies. Rencontre avec Ananda Guillet, son directeur, à l’occasion de la Semaine des semences paysannes qui se tient du 16 au 24 septembre.
Marie Safonov
La carotte de Guérande, ancienne variété française, avait totalement disparu de nos potagers. Si aujourd’hui nous pouvons à nouveau la déguster, c’est grâce à l’association Kokopelli qui l’a retrouvée aux États-Unis et l’a réintroduite en France. Elle a remis la main sur des milliers de semences paysannes oubliées. Des graines bio essentiellement produites en France par de petits maraîchers et jardiniers.
Réintroduire la biodiversité et récolter les graines pour les replanter l’année suivante, voilà l’objectif de Kokopelli depuis bientôt 20 ans. Mais sans jamais avoir reçu aucune subvention. Et le succès est au rendez-vous : 130 000 clients, surtout des particuliers, et jusqu’à 1000 colis envoyés chaque jour en France et en Europe.
Pourtant, les graines vendues par Kokopelli sont illégales, car non inscrites au “Catalogue officiel”. Et cela provoque les foudres des multinationales comme Monsanto, Bayer, Limagrin ou encore Syngenta, qui fournissent les agriculteurs en graines non reproductibles. Kokopelli a survécu à deux procès et à une condamnation. « Au début des années 2000, mes parents avaient tout perdu, ils ensachaient les graines dans la camionnette », raconte Ananda Guillet, le directeur de l’association et fils du fondateur.
Paradoxalement, cela a contribué à la notoriété de l’association. “Oui, nous sommes dans l’illégalité, mais si l’État interdit l’activité, 300 000 personnes au Mas d’Azil, et 90 000 inscrits sur les réseaux sociaux seront alertés. Personne n’a d’intérêt à le faire“. Ananda Guillet n’a pas encore 30 ans, mais déjà l’assurance de celui qui a bourlingué. “J’ai tout appris sur le tas, je n’ai même pas le BEPC. J’ai eu d’autres vies. Photographe, fondeur d’art, jongleur, ça m’a forgé une volonté de fer”. Aujourd’hui, Il dirige une équipe de 15 personnes, le double en pleine saison.
Et puis, en toile de fond, un militantisme acharné pour des semences libres et reproductibles. “Elles doivent être exclues de toute législation. Il ne me semble pas qu’il y ait de loi pour les ronces, les chênes ou les ifs, pourquoi y en a-t-il une pour les tomates ?“
La rédaction
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Commentaires
Emmanuel le 02/04/2025 à 17:10
La certification des semences est un cadre légal qui a été mis en place afin de garantir une qualité constante et une traçabilité du produit des semences auprès des agriculteurs et des maraichers.
guy canourgues le 02/04/2025 à 21:43
Bravo, c'est grâce au reportage d'Elise Lucet que j'ai appris l'activité de Ananda Guillet, continuez, c'est vous qui êtes dans la bonne voie, l'avenir, c'est vous !!!