DISPUTE – Le livre Mein Kampf d’Adolf Hitler tombe dans le domaine public au 1er janvier 2016. C’est l’éditeur Fayard qui va republier l’œuvre. Un travail de contextualisation réalisé par des historiens et des commentaires critiques seront intégrés dans la nouvelle publication. Dans les librairies toulousaines, le livre ne sera pas exposé en rayon qui plus est la profession estime que cette réédition est un “non-événement.”
Par Kevin Figuier
Soixante-dix ans après sa mort, Adolf Hitler déclenche une nouvelle guerre intellectuelle. Mein Kampf (“Mon combat“, en français) tombe dès le 1er janvier 2016 dans le domaine public. « Ce livre central dans l’histoire du XXe siècle sera accompagné d’un appareil critique, établi par un comité scientifique d’historiens français et étrangers », explique l’éditeur Fayard dans un communiqué. Néanmoins, la date de publication n’a pas été annoncée tout comme « le dispositif scientifique et académique encadrant cette publication ».
Considéré comme « indigeste » à la lecture par des historiens, le pamphlet antisémite de l’ex-chancelier du troisième Reich est un pavé de 700 pages. Une version commentée amènerait le bouquin à contenir plus de mille pages.
A Toulouse, le cas du livre « Mein Kampf » suscite diverses réactions. A la Fnac Jean-Jaurès, il est absent des rayons mais peut-être délivré à la demande s’il est en stock « dans la réserve ». « Un enfant de dix ans est venu passer commande de Mein Kampf », témoigne de manière anonyme une personne employée au rayon livre. Il est donc possible de se procurer un exemplaire du pamphlet. Ce sont les Nouvelles éditions latines, éditeur classé à l’extrême-droite traditionnaliste qui détiennent l’exclusivité d’édition. « La réédition de Mein Kampf par Fayard est un non-événement, c’est une ânerie de faire croire qu’on va pouvoir enfin le lire, il est déjà en vente », explique une personne employée à Cultura à Balma.
« Entre 2 et 4 exemplaires de Mein Kampf sont vendus par an »
Du côté d’Ombres blanches, la question de la mise en rayon du livre agace. Pour le moment, « Il n’y a rien », explique Christian Thorel, le fondateur et directeur de la librairie indépendante. « On ne peut pas apporter une réponse en deux ou trois lignes dans un article, nous publierons une tribune dans la revue Esprit en janvier 2016 », se justifie de manière ferme et expéditive le dirigeant.
A la librairie Privat, là aussi, Mein Kampf n’est pas visible en rayon. « Depuis le début de l’année 2015, uniquement deux bouquins ont été vendus ». « Récemment, un client a passé commande pour deux exemplaires », raconte encore de manière anonyme une personne salariée dans la librairie. Les acheteurs sont « des chercheurs ou des enseignants ». Là encore, la réédition réalisée par Fayard ne semble pas plus les « interroger » que cela.
Dans les enseignes spécialisées, « c’est Paris » qui prendra la décision globale pour la mise en avant ou non de la réédition par Fayard de l’essai d’Adolf Hitler. « Cela ne serait pas anormal que la Fnac décide de le mettre en vente dans les rayons, mais cela me mettra mal à l’aise. Ce qui les intéresse, c’est uniquement le pognon », tacle une personne salariée à la Fnac.
Bien qu’aucune date de publication n’ait été fixée, Fayard réalise un coup de pub en surfant sur l’entrée de Mein Kampf dans le domaine public alors que d’autres éditeurs proposent déjà des analyses critiques depuis plusieurs années.
La rédaction
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