Plutôt que d’utiliser des cépages classiques, le domaine Plageoles a décidé de miser sur des variétés de vignes vieilles de plusieurs siècles et issues directement de l’héritage Gaillacois. Une stratégie de démarcation qui porte aujourd’hui ses fruits.
« On est en train de se tromper, car un jour, la planète entière fera ce même vin. Voilà ce qu’a lancé mon père aux vignerons du Gaillacois lors d’une réunion dans les années 1970 », raconte aujourd’hui Bernard. Alors que leurs vins « n’étaient pas forcément très bons » et «qu’ils se cherchaient», ces producteurs locaux avaient choisi de miser sur des cépages à la mode comme le Cabernet, le Merlot ou le Sauvignon. Une erreur selon celui qui était en charge de ce domaine familial exploité depuis 1805.
Et même si les autres vignerons ont essayé de le raisonner à coup de « Robert tu déconnes», le père de Bernard Plageoles a décidé de se lancer et de faire ce que personne ne faisait à l’époque : utiliser des cépages autochtones, c’est-à-dire qui viennent du Gallaicois. C’est ainsi que, sans le savoir, il a été visionnaire et a lancé ce qui fait aujourd’hui la renommée des vins de la famille.
Produire des breuvages uniques en faisant du neuf avec du vieux. Voilà donc la stratégie de ce domaine situé dans le Tarn. Pour y arriver, Bernard Plageoles et ses deux fils Florent et Romain fouillent régulièrement dans le passé pour en faire ressortir les cépages d’autrefois. Une véritable mission. « On retrouve leur trace dans les vieux livres d’histoire de la région et nous faisons aussi appel à des spécialistes en ampélologie». Cette science de la vigne leur permet aujourd’hui de remettre sur le devant de la scène 14 cépages historiques du Gaillacois « des vins oubliés ou perdus depuis plusieurs siècles». Parmi eux, l’Ondenc, le Mauzac nature, le Prunelart ou le vin de Voile. « Les clients viennent nous voir car notre vin à un goût différent » confie Bernard Plageoles, « un goût du passé ».
Mais les cépages historiques ne sont pas le seul secret de leur recette. Le domaine est également cultivé de manière biologique, c’est-à-dire sans molécule chimique utilisée lors des traitements, et commence une conversion en biodynamie. Contrairement aux vins conventionnels, ces breuvages-là sont donc différents d’une année sur l’autre. « Il n’y a pas de standard», assure le vigneron. « Si passer notre domaine en bio nous a demandé du travail et de la patience, je me rends compte que c’est maintenant dans l’air du temps et que ceux qui ne s’y sont pas encore mis risquent de ramer».
L’Agence bio estime effectivement que les ménages français ont acheté en 2016 pour plus de 700 millions d’euros de vins bio contre 503 millions d’euros en 2013. Le marché français des vins bio a plus que triplé en 10 ans. Convertir ses terres devient également un véritable moyen de conquérir une nouvelle clientèle. Toujours selon l’Agence bio, les jeunes représentent ainsi 14% des consommateurs de ce type de vin car ils sont plus soucieux des questions environnementales et de la traçabilité de produits. Mais pour Bernard Plageoles, ça n’est pas qu’une question d’argent. « La terre, je ne vais pas la prendre avec moi quand je vais partir au cimetière. Je serai alors fier de la laisser propre à mes enfants ».
Dossier ” Les produits régionaux au goût du jour ” :
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