Parce que le phénomène de radicalisation plante souvent ses racines localement, dans les quartiers des métropoles, le projet toulousain Practicies y analyse les discours types pour repérer les comportements à risque.
« C’est au niveau local qu’il faut intervenir pour prévenir la radicalisation », affirme Séraphin Alava, le chercheur en sciences de l’éducation à l’université Toulouse II Jean-Jaurès est porteur du projet Practicies, pour lequel il a obtenu il y a quelques mois un financement de 3,5 millions d’euros de la Commission européenne.
L’initiative voit le jour après l’attaque terroriste de la rédaction de “Charlie Hebdo”, et suite à un appel d’offres du CNRS sur la prévention des attentats. Séraphin Alava avance pour postulat de départ que la majorité des processus de radicalisation prennent racine sur des problèmes pouvant être gérés par les métropoles. Pour les conjurer, il préconise la mise en place, localement, de coopérations et d’actions entre les services éducatifs, culturels, sociaux et de sécurité.
Practicies mobilise ainsi des experts en sciences humaines, en sciences politiques, en science de l’information, en informatique mais aussi des services de police, des associations et des municipalités de nombreux pays (France, Italie, Autriche, Espagne, Belgique, Grèce, Portugal et Tunisie), dont Toulouse fait partie. Autant d’acteurs qui travaillent ensemble sur la caractérisation des discours radicaux. Le but est de mieux comprendre les facteurs de risque et les mécanismes de radicalisation violente, de les identifier de l’origine au passage à l’acte pour construire des outils concrets de prévention. En testant des protocoles de détection dans les quartiers de plusieurs métropoles françaises et étrangères, et en les adaptant à d’autres villes, les chercheurs du projet Practicies parviennent à dégager des méthodes empiriques pour repérer la radicalisation.
De même, l’équipe travaille sur le support Internet qui reste un outil d’hameçonnage important pour les groupes terroristes. Là, il s’agit d’élaborer des algorithmes de recherche qui permettent de repérer les sites radicaux, les blogs aux auteurs jihadistes anonymes ou encore les profils oeuvrant à l’endoctrinement sur les réseaux sociaux. Une fois identifiés, ces éléments sont transmis à Google et à Facebook pour un déréférencement ou un bannissement du Net.
Ainsi, après plusieurs années de recherche, d’observations et de confrontations sur le terrain, des outils concrets seront proposés par Practicies à l’horizon 2018-2019
Dossier ” Radicalisation : Toulouse innove dans la prévention ” :
Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.
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