PULSATIONS – À la demande de l’association La Chaîne de l’Espoir, un couple de Tournefeuille accueille pour quelques mois une enfant malgache de deux ans et demi. Le temps qu’elle subisse une opération cardiaque, doublée d’une intervention pour résorber un bec-de-lièvre et une malformation du palais. Le JT les a rencontrés. – Charline Poullain © Franck Alix
Dès le seuil de la maison à Tournefeuille, Elinah* apparaît. Elle plante ses yeux dans les vôtres, puis file dans sa cabane improvisée sous la table. Là, derrière les pans de la nappe, elle joue avec l’un des petits-fils d’Édith et Robert Gadet. Elle en ressort vite, un camion jaune à la main, qu’elle tend tel un cadeau de bienvenue. Elinah se fait comprendre sans mots, avec des onomatopées, un geste, une expression. À deux ans et demi, cette enfant malgache ne peut pas parler. Le bas de son visage est déformé par un bec-de-lièvre qui se poursuit par une fente au niveau du palais. Voilà pour ce qui est visible. Mais elle souffre aussi d’une quadruple malformation cardiaque appelée tétralogie de Fallot. En manque d’oxygène, elle se fatigue vite. Dans certains cas, la peau des enfants peut même prendre une teinte bleutée.
Depuis Madagascar, son cas a été signalé à l’association La Chaîne de l’Espoir, qui aide des mineurs à avoir accès à des soins et à un enseignement. S’ils ne peuvent être opérés dans leur pays, ils sont transférés en France. Mais ils arrivent seuls, d’où la nécessité de trouver des familles d’accueil, comme les époux Gadet.
Il y a six ans, Édith, professeur d’anglais, venait de prendre sa retraite : « J’avais du temps… Je suis passée devant l’hôpital de la Grave à Toulouse et j’ai vu un prospectus sur La Chaîne de l’Espoir. Je connaissais car j’avais regardé un reportage. J’ai toqué à la permanence de l’association. » En 2012, le premier enfant qu’ils ont accueilli, un Haïtien de 5 ans, est resté chez eux trois mois. Ils ne l’ont jamais oublié et n’ont jamais arrêté leur engagement.
Le 15 octobre dernier, ils étaient à l’aéroport de Blagnac pour attendre Elinah. Durant le vol, les enfants sont accompagnés d’un bénévole chargé de les mettre dans les bras des familles d’accueil. Commence alors un temps d’adaptation. Pas bien long dans le cas d’Elinah. Tandis qu’Édith raconte, assise sur le canapé du salon, la petite fille vient se serrer contre elle. « C’est comme ça depuis le début, depuis l’aéroport », dit Robert Gadet. « L’essentiel c’est qu’on les entoure d’affection », estime sa femme.
Elinah reste à proximité, tapotant sur un petit piano ou se lançant dans un dessin sur la table basse. Elle écoute sans doute son histoire racontée dans cette langue nouvelle pour elle. Un instant de calme, une trêve, car les consultations médicales se succèdent à Médipôle et en pédiatrie à l’hôpital Purpan. L’opération est toujours un moment délicat, le pire peut survenir. Robert est clair: « Sans ces interventions, ces enfants sont condamnés, ils ont peu de chance d’arriver à l’âge adulte ».
Édith dort à l’hôpital pour ne pas lâcher d’une semelle ses protégés.
Mais « après l’opération, l’enfant est totalement différent, c’est une nouvelle vie. » Pour mieux expliquer, Robert va chercher les albums photo qu’il réalise pour chacun. Il a immortalisé le petit Haïtien découvrant la neige, ou encore un Nigérien de 7 ans que son problème cardiaque obligeait à vivre recroquevillé, faisant de la trottinette. Le changement sur ces visages rieurs, détendus, saute aux yeux. Après l’opération, les enfants restent un peu en France, le temps de leur convalescence, du suivi des soins infirmiers, des séances de kiné… Alors les époux Gadet les emmènent au ski, à la mer ou à la piscine.
La Chaîne de l’Espoir, créée en 1994 par le professeur Alain Deloche, un chirurgien cardiaque, accueille environ 90 enfants par an en France. Dont une dizaine à Toulouse. D’ailleurs, une petite Congolaise de trois ans et demi, opérée pour la même pathologie cardiaque est actuellement hébergée près d’Albi. « C’est une nouvelle vie, elle recommence à courir », décrit sa maman d’accueil Fanou Chopo. « Mon plus grand bonheur c’est d’imaginer les parents retrouver leur fille en sachant qu’elle va avoir une vie normale, aller à l’école et ne pas rester sur un canapé. »
Fin octobre, Elinah a été opérée à son tour. Après cinq jours d’hospitalisation, elle se porte comme un charme et a même pris un kilo. Une seconde intervention pour ses lèvres et son palais est prévue d’ici un mois. Et quand viendra l’heure de rentrer, elle laissera un grand vide chez les Gadet. Un jour, une maman a appelé l’association pour dire que son fils avait mal au cœur : Robert lui manquait.
* Le prénom a été changé.
Pour adresser des dons ou devenir famille volontaire, rendez-vous sur :
https://www.chainedelespoir.org/fr
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