ROULETTE. La circulaire de l’Éducation nationale fait l’unanimité contre elle. Dans les filières où les candidats seront trop nombreux, les universités pourront, en dernier ressort, les départager par tirage au sort. Pour que l’entrée à l’université ne se joue pas sur un coup de dés, Bruno Sire, l’ancien président de l’université Toulouse 1 Capitole, avance quelques idées.
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3000 étudiants en France, soit 1% du total, seraient concernés par le tirage au sort à leur entrée à l’université en septembre prochain. Selon le syndicat étudiant Unef, 32 formations la pratiquent, dont les Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), les filières de langues et sciences humaines. « Le tirage au sort c’est la pire des solutions. Il faut tenir compte des aptitudes et des désirs de chacun. » Plutôt que par le hasard, Bruno Sire, ancien président de l’Université Toulouse 1 Capitole, préfère que les étudiants soient sélectionnés en première année d’université sur des prérequis. Par exemple, pour se diriger vers des études de droit, il faudrait avoir un bon niveau en français, ou vers des études d’économie, un bon niveau en mathématiques. Cela signifie que le baccalauréat général ne serait plus un sésame et que l’on prendrait en compte les précédents résultats des candidats : « Chacun a une histoire et a fait des choix qui influencent ses capacités d’apprentissage, dans telle ou telle matière. » Afin de mieux flécher les parcours, l’ancien président de la faculté de droit suggère que les titulaires de baccalauréats technologiques ne soient admis à l’université qu’en fonction de leur dossier ; de même pour ceux de la filière générale qui souhaiteraient aller en BTS et IUT.
Alors que les syndicats étudiants rejettent le principe de la sélection à l’université, estimant que le ministère doit garantir un nombre de places suffisant dans les filières en tension, pour Bruno Sire, au contraire, il n’y a que des avantages. D’abord, la sélection permet d’être en phase avec le marché du travail : « Il faut limiter les places en fonction des besoins. Nous avons la responsabilité de ne pas envoyer les jeunes à Pôle Emploi ». Ensuite, elle assure une formation de qualité : « Certains étudiants approuvent la sélection, car c’est le gage d’un diplôme reconnu. Si les groupes sont homogènes, ils avancent mieux. » Ceux qui voudraient changer de voie pourraient le faire, grâce à la mise en place de passerelles entre les cursus. À l’Université Toulouse 1 Capitole, des étudiants de « prépa » peuvent suivre des cours d’été leur permettant d’entrer directement en deuxième année de droit. « Les passerelles sont indispensables pour ne pas enfermer les jeunes dans des filières qu’ils ont choisi lorsqu’ils avaient 16 ou 17 ans. Peut-on faire reposer tout le système éducatif sur cet âge si compliqué ? »
Pourtant très prisée, l’Université Toulouse 1 Capitole ne pratique pas le tirage au sort. Elle a accueilli, en septembre, 15% d’étudiants supplémentaires en première année. Une inflation démographique qu’elle avait anticipée : « On connaît le nombre de collégiens et de lycéens : nos prévisions à cinq et dix ans sont fiables. » Elle est l’une des trois universités françaises entièrement propriétaires de ses murs. Ce qui lui permet de planifier sur le long terme la gestion de sa surface foncière : « Notre prévisionnel court sur 25 ans ! L’autonomie patrimoniale est le meilleur moyen de faire face à la surpopulation étudiante. » Rappelant qu’un étudiant coûte en moyenne 12 000 euros par an à la collectivité, Bruno Sire ne réclame pas de rallonge budgétaire, mais davantage de liberté de décision pour les universités.
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