INJUSTE. Laure Betbeder, enseignante au collège Bellefontaine, a entamé lundi une grève de la faim. Depuis, elle campe à l’entrée du rectorat de l’académie de Toulouse. Explications.
Par Amélie Phillipson
Tout a commencé en décembre dernier, lors d’une grève de trois semaines au collège Bellefontaine. Le personnel éducatif demande alors des moyens pour mettre en œuvre la réforme plaçant le collège en zone d’éducation prioritaire. Le dispositif accordé est considéré comme insuffisant pour appliquer la réforme, bien accueillie par les enseignants. « La hiérarchie a été interpellée à plusieurs reprises, on demande de l’aide depuis des mois », explique Laure Betbeder. Pas de réponse. Au mois de janvier, d’autres journées de grève ponctuelles sont organisées. En mars, le directeur de l’établissement annonce son départ alors qu’il n’est à la tête du collège que depuis deux ans. L’inspection réagit, affirmant que si le directeur part, des professeurs seraient mutés. Des médiateurs du rectorat se rendent dans l’établissement pour entendre les professeurs et apaiser la situation. Le 22 mai, des huissiers viennent taper à la porte de six enseignants du collège. Laure Betbeder reçoit deux convocations au rectorat, pour mutation et procédure disciplinaire. Mais voilà, selon elle, « le dossier est truffé d’erreurs dans les dates, dans les noms. Il n’y a pas de preuves annexées ». L’un des griefs, par exemple, est de n’avoir pas fait la minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat du 7 janvier. En effet, elle était en grève le 8 janvier, mais le préavis de grève avait été déposé bien avant les attentats à Charlie Hebdo.
L’incompréhension et l’indignation s’exacerbent. « La seule chose concrète que fait le rectorat pour apaiser le climat est de dire qu’il faut dégager six professeurs. Je trouve cela lamentable. Ce n’est pas comme ça qu’on gère un problème. Avoir les huissiers à la maison, c’est violent et irréel », s’indigne Laure Betbeder. Estimant qu’il n’existe plus de solution, elle choisit de mettre son corps à l’épreuve pour attirer l’attention. « Il faut que le ministère mette la main sur le dossier », réclame-t-elle.
De son côté, Laurent Soutenet, directeur de cabinet de la rectrice se dit « navré de la tournure des évènements. Une grève de la faim est un acte grave ». La mutation des enseignants est due à la « situation dramatique du collège et aux difficultés relationnelles entre le chef d’établissement et le personnel enseignant. Le problème n’est pas la grève, mais la situation de pourrissement qui a suivie ». Il estime que “les moyens accordés à ce collège sont comparables à des collèges similaires”. La mutation de six enseignants est-elle le remède à cette situation grave ? « C’est dans l’intérêt du service. Lorsque le fonctionnement du collège est perturbé, les élèves ne peuvent pas y gagner à court terme ».
Rien ne semble expliquer ce décalage entre la vision du rectorat et celle des enseignants sur le terrain. « On nous demande d’écouter les parents et les élèves, mais ils n’appliquent pas cette règle pour nous. On en a marre d’être traités comme des râleurs », explique Laure Betbeder. Elle compte poursuivre sa grève de la faim aussi longtemps que son corps pourra la supporter.
La rédaction
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