Charlie. Toulouse a rendu hommage à Bernard Maris, décédé dans le cadre des attentats de janvier dernier.
Par Julien Davenne
L’université, c’est l’endroit où l’on pose des questions, où l’on conteste, au sens littéral du terme. Bernard Maris aurait sans doute aimé l’affirmation. Peut-être aurait-il été surpris de l’entendre sortir de la bouche de Jean-Luc Moudenc, homme de droite, adepte d’un libéralisme que l’économiste pourfendait sans ménagement ni haine, tant l’humanisme émanait de cet iconoclaste sans illusion ni concession.
Ils sont venus ce samedi de printemps frémissant, pour l’hommage et l’hommage est œcuménique, normal. Trois mois après les massacres de janvier, le collectif « Salut Bernard » ouvrait dans l’enceinte de l’université de Toulouse Capitole, la première des 4 journées d’hommage à Oncle Bernard,
Des universitaires, des journalistes, des politiques et des clowns, les ingrédients étaient réunis pour l’hommage. Se succédant au micro, chaque intervenant apporte sa touche, évoque un détail, un trait, une histoire, un caractère.
Des femmes, des hommes, des amis, chacun parle de sa place, mais la place dépasse le cadre et le portrait n’est plus celui d’un économiste désincarné mais celui d’un homme pour qui la fraternité était plus importante que l’économie.
« Ce matin je suis venu en taxi, c’est bon pour l’économie »
Ceux de France Inter ont envoyé des contributions filmées. Stéphane Paoli, rafraîchit les mémoires en rappelant qu’il avait suggéré à Jean-Luc Hess, l’ancien PDG de la Maison ronde, d’ouvrir le micro à Maris.
Thomas Legrand évoque son humour et son ironie quand il affirmait, tout en dénonçant l’absurdité consumériste « ce matin je suis venu en taxi, c’est bon pour l’économie »
Quand Patrick Pelloux prend la parole, c’est plus qu’un témoignage. Avec Bernard, on était voisin de pages, il était page 6 j’étais page 7. Alors il raconte tout, depuis le début, son arrivée à Charlie à la demande de Philipe Val, qui l’avait entendu pendant mon tube de l’été ; la canicule et lui avait dit que s’il était bon à l’oral, il serait bon à l’écrit.
S’il est venu pour un hommage à Bernard Maris, Patrick Pelloux prend le temps d’un détour par les autres, insistant en particulier sur la psychanalyste Elsa Cayat, qui venait au journal en talons aiguilles, jogging et manteau de léopard. Il évoque la noirceur d’Honoré et de ses dessins, parle des autres, forcément, des amis, des frères, des morts.
Au gré des contributions et des évocations, l’image de l’homme se précise et chaque apport dessine aussi en négatif le portrait des assassins, comme ce jeu où l’on doit découvrir un mot en tournant autour, à partir d’autres mots, proches ou antagonistes. Ouvert, cultivé, tolérant, intelligent, séduisant et drôle, Bernard Maris ? Aussi vrai que ses assassins étaient fermés, ignares, intolérants, stupides et sinistres.
Un homme, rien qu’un homme, si sensible aux culs des cubaines, aux yeux brillants de ses auditrices. Un homme, souvent croisé en terre toulousaine, en particulier au Salon du livre et du vin de Balma. Une manifestation disparue elle aussi, non du fait du fanatisme, mais de celui de l’ignorance, quand même un peu.
Pour Bernard Maris, nous étions un peu sur le Titanic qui avance. Il était pessimiste, raisonnablement, mais résistant, vraiment.
La rédaction
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