Sous les effets combinés des crises économique et migratoire, plus de 250 adultes et 130 mineurs vivent dans la rue à Toulouse. À l’approche de l’hiver, les associations ont interpellé les pouvoirs publics pour réclamer plus d’hébergement d’urgence. Un appel entendu finalement par l’État qui ouvrira prochainement 300 places supplémentaires. – Gaël Cerez © Franck Alix
Un matelas, des couvertures et quatre êtres humains blottis les uns contre les autres. Il est 19 heures, face au métro Capitole. Les passants se hâtent et la famille de Zoran (son prénom a été changé) patiente dans le froid de cette fin d’automne. « Nous attendons d’aller à l’hôtel qui nous héberge depuis une semaine », explique l’adolescent, engoncé dans son manteau. Après cinq mois passés dans la rue, le répit est bienvenu pour cette famille roumaine, mais de courte durée. Dans quelques jours, il leur faudra trouver un nouveau logement, ou un autre abri précaire de nuit en nuit. Depuis plusieurs mois, 85 familles vivent dans la rue à Toulouse, soit plus de 170 adultes et 130 mineurs. Une dizaine de couples, plus de 50 hommes et 12 femmes isolées sont dans les mêmes conditions. « Il faut aussi ajouter les plus de 500 personnes qui subissent la précarité de la vie en squat et environ 500 autres qui vivent dans des bidonvilles », précisent la Fédération des acteurs de la solidarité et le Collectif inter-associations de Toulouse.
Mi-novembre, ces deux organisations interpellent les pouvoirs publics sur « la situation catastrophique et l’insuffisance des moyens dédiés aux personnes sans-abri ». Reçues le 15 novembre à la Préfecture, elles jugent « ridicules » les mesures hivernales présentées et rappellent à l’État les déclarations d’Emmanuel Macron en septembre dernier à Toulouse. « D’ici la fin de l’année, je ne veux plus personne dans les rues, dans les bois », avait alors promis le chef de l’État. Le 20 novembre, la préfecture corrige le tir et annonce 150 places supplémentaires à partir du 24 novembre, soit 500 d’hébergement d’urgence au total. La préfecture assure que 150 autres ouvriront prochainement et que les gymnases de la ville seront ouverts en cas de grand froid. « L’État s’est fortement mobilisé. Ça n’était jamais arrivé à ce niveau-là. C’est une très bonne nouvelle. Les familles seront logées dans des appartements mis à disposition par les bailleurs sociaux et bénéficieront d’un accompagnement », apprécie Anne-Claire Hochedel, déléguée régionale de la Fédération des acteurs de la solidarité d’Occitanie. Toulouse recense à présent 1.700 places d’hébergements, contre 1.400 avant l’appel des associations. « Cela ne va pas permettre de couvrir tous les besoins, mais cela va dans le bon sens », juge Geneviève Genève, co-coordinatrice du Collectif inter associations Toulouse (CIAT). « Il faudra faire en sorte que ces places se pérennisent après la période hivernale, car Toulouse est très en retard en la matière. On répond en urgence à une situation dramatique qui n’a rien à voir avec le froid », précise en effet Anne-Claire Hochedel. « Ces gens étaient déjà à la rue cet été. La crise n’est pas saisonnière à Toulouse. » Sous-dimensionné, le dispositif est thrombosé selon les associations. « Il faut le fluidifier en construisant plus de logements sociaux pour qu’ils puissent sortir de l’hébergement d’urgence », conclut Geneviève Genève.
La rédaction
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