Se déconnecter du temps ? À la bonne heure. Moi qui suis toujours en retard et cherche mon téléphone en permanence pour y trouver l’heure, je vais enfin pouvoir reprendre le pouvoir sur ces fichues minutes. Pour cela, rien de plus facile. En ce lundi, j’enlève ma montre, je décroche mon horloge et j’envoie mon réveil aux oubliettes. En chemin pour le bureau, je tente de détourner le regard à l’approche d’une pharmacie. Trop tard. Sur la croix verte un horrible 9h28 clignote dans l’air. Mince, le « j’ai testé » commence mal !
J’allume mon ordinateur. Je ne suis pas une bleue. J’ai d’abord pris la précaution de coller un post-it fluo en bas à droite de l’écran, là où l’heure apparaît. Sur ma boite mail, 95 nouveaux messages s’affichent. Horreur et damnation ! Sur une colonne, défile l’heure d’arrivée des missives. 9h12, 9h17, 9h24… Je clique où je peux pour y échapper, tombant alors sur un communiqué de presse d’un site de rencontres extra-conjugales. Il indique que les Irlandaises passent en moyenne 152 minutes sous la couette. Mon téléphone sonne. « On avait rendez-vous à 10h30, ça fait 20 minutes que je t’attends », m’engueule un collègue.
J’ai compris la leçon. On ne peut pas échapper au temps en ville et en travaillant. La campagne sera plus propice à l’exercice. Justement, les vacances s’annoncent dans les Pyrénées. À Uz, 35 habitants, mais pas de pharmacie et même pas de cloches en fonction. Pour ce premier matin, ce n’est pas le soleil qui me sort du lit, mais l’envie de manger des tartines grillées. Je suis la dernière levée. La tête dans mon café, j’entends Lucie, 4 ans, crier : « J‘ai faim, je veux des frites ! ». « Il faut être un peu patiente ma chérie, c’est bientôt l’heure du déjeuner », répond son père.
Après avoir traîné au bord du lavoir et donné des pissenlits aux chèvres, je retourne vers la maison, en ébullition. Des enfants pleurnichent, des adultes s’affairent autour des plaques de cuisson. Je comprends alors que l’heure du déjeuner approche. Un coup d’œil au soleil accroché bien haut dans le ciel vient donc m’apporter une confirmation. Mais je n’ai pas encore faim, j’ai juste envie de faire une sieste au bord de l’eau. Ce n’est pas l’heure ? Et alors ?
Je ne sais pas vraiment où nous en sommes dans l’après-midi. Cela fait un bon moment (une heure, peut-être ?) que je marche derrière un berger. À la vitesse du troupeau. Je me demande alors comment les brebis font pour s’y repérer dans le temps ? « Elles ont une horloge biologique grâce à leurs rythmes circadiens et donc à l’alternance du jour et de la nuit. Nous pourrions faire pareil ! », m’explique Albert, le berger. Arrivés à l’estive, la nuit tombe. Il est donc temps de rentrer. On m’attend certainement pour dîner. Après quelques kilomètres, je suis de retour à Uz. L’heure est à la belote et au digestif. « Tu as vu l’heure, il est presque 22h ! », me glisse une amie en me tendant ma montre.
Maylis Jeanpreau
La rédaction
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