COUPE. En 2017, le nombre de contrats aidés a diminué de 40%. Ils sont jugés trop coûteux et pas assez efficaces par le gouvernement. Quelles sont les conséquences pour les associations, notamment du secteur de la culture, du social et de l’éducation populaire, qui en bénéficiaient depuis 30 ans ? – Maylis Jean-Préau
© Franck Alix
Le gouvernement avait annoncé la couleur. Mais en août dernier, la réduction drastique du nombre d’emplois aidés a pris de court collectivités et associations. Car ces types de contrat existent depuis 1984. Depuis, ils ont pris plusieurs formes, tout en gardant le même objectif : le retour vers le monde du travail de personnes qui en sont éloignées.
L’État apporte une aide financière à l’employeur, ce qui fait baisser le coût de l’embauche. En échange, la structure se doit de former son salarié. Dans les faits, les contrats aidés permettent aussi à de nombreux organismes d’assurer des actions d’intérêt général (cantine à l’école, médiation culturelle…).
Fin 2016, on comptait en France 459 000 contrats aidés. Il n’y en a plus que 310 000 cette année et le gouvernement vise 200 000 en 2018. Les préfets sont incités à renouveler uniquement les contrats « dans les secteurs où il y en a le plus besoin », notamment l’Éducation nationale et « dans le champ de l’urgence sociale et sanitaire ».
Si la préfecture de Haute-Garonne n’a pas communiqué les chiffres des emplois aidés du département, de nombreux élus et associations ont déjà fait part de leurs inquiétudes. « La décision a été très brutale et n’a pas permis aux autres partenaires (Département, Ville…) de mettre en place de politique compensatoire », regrette Stéphane Robert, le coordinateur de l’association Cricao. Dans un courrier adressé au Premier ministre, le conseiller départemental Jean-Jacques Mirassou estime que cette suppression « plonge les associations relevant de l’éducation populaire (les Francas, les MJC, les Foyers ruraux.., ndlr) dans le désarroi avec des conséquences importantes à prévoir pour la vie des quartiers. »
L’association Cricao qui mène depuis 17 ans des actions autour des cultures du monde en a déjà fait les frais. « Nous ne pouvons continuer à exister qu’avec des emplois aidés : sur cinq salariés, il y a trois CUI-CAE, nous avons réussi à en sauver deux mais le troisième ne sera pas reconduit », explique Stéphane Robert.
Constat similaire du côté des écoles franco-occitanes les calandretas qui scolarisent 500 élèves dans l’agglomération. À l’Union, une va même fermer ses portes, faute de moyens. « À la calandreta Costa Pavada, les huit contrats aidés permettaient d’avoir des tarifs abordables (20€ par mois). Soit un autre dispositif prend le relais, soit notre modèle économique est remis en cause… », prévient Guilhem Latrubesse, le coprésident.
Pour ces structures, les contrats aidés jouent aussi un rôle d’insertion professionnelle. « Beaucoup de jeunes passés par le Cricao sont aujourd’hui en CDI », assure Stéphane Robert, qui en est la preuve vivante : il y a 10 ans, l’actuel coordinateur a bénéficié d’un contrat aidé. Selon Guilhem Latrubesse, dans les calandretas, ces contrats « permettent de former des jeunes issus des quartiers prioritaires. Ils sortent avec 24 mois d’expérience et une formation comme le BAFA, ce n’est pas rien ! », ajoute-t-il. Les calandretas ont prévu de manifester le 20 novembre et un dialogue avec la préfecture est engagé.
La rédaction
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