Incidents. Depuis de longs mois le verbe est souvent acide entre cyclistes, automobilistes et piétons ; l’espace étant sans doute mal partagé. L’avenue de Muret vient d’ailleurs de connaître récemment un nouvel incident … Un de plus. Mais le plus grand chantier à ouvrir reste celui du civisme.
Par Julien Davenne
C’est l’axe du mal, celui qui cristallise toutes les problématiques, mettant en évidence les comportements aléatoires, le civisme à géométrie variable et l’individualisme pathologique des bons citoyens. Comme un laboratoire du bordel ambiant, l’avenue de Muret offre aux cyclistes l’opportunité de mesurer que si Toulouse fait une place croissante au vélo, le vélo n’y a pas toujours sa place. Du rond point du 21 septembre à la Croix de Pierre, existent deux pistes cyclables, l’une monte, l’autre descend. Les cyclistes l’ont bien compris, ce qui ne les empêche pas d’utiliser celle qui monte pour descendre et vice versa. Dès le départ, la circulation prend vite les allures d’un parcours d’obstacles. Les véhicules de livraison se dressent en travers de la voie. Il faut contourner, tout en gardant un œil sur les voitures pouvant sortir des garages privés. Revenu dans l’axe, c’est l’ouverture intempestive des portières des véhicules stationnés en bord de l’avenue qui est à l’offensive. Une fois évité ce nouveau danger, c’est un slalom entre poubelles, déjections canines, voitures posées en travers et piétons égarés, qui s’engage. Le survivant ne doit pas triompher. Non loin de là, de bons citoyens ont vidé leur appart et répandu sur le trottoir leur matelas pisseux, les étagères bancales et diverses saloperies, prouvant ainsi que le domaine d’extension des blaireaux est sans cesse croissant. De Croix de Pierre au Fer à Cheval, c’est la voie sur berge surplombant la Garonne qui fait office de piste cyclable. C’est pratique, à deux conditions : qu’elle ne soit pas en travaux et que l’usager ne souhaite pas aller sur l’avenue de Muret, parce que là, c’est le drame. Fermée à la circulation pour un an, la voie sur berge est inaccessible. Le cycliste aux abois n’a alors plus que trois alternatives : rouler sur le trottoir, au risque de l’insulte et du choc, emprunter la chaussée, s’exposant à la pression d’automobilistes outrés ou rouler sur la voie du tram, risquant alors de se faire talonner par l’engin, tout en prenant le risque redouté de coincer sa roue dans les rails. C’est en survivant que le cycliste téméraire débouche sur le nœud du Fer à cheval, improbable jonction, qui semble avoir été conçue d’un revers de la main, lors d’une soirée trop arrosée. Les choses en sont là et le constat est le plus souvent partagé; il y a encore du travail. Pourtant les espaces dédiés au vélo n’ont cessé de s’accroître. Des 15 malheureux kilomètres d’aménagement cyclable de 1990, la ville est passée à plus de 500 aujourd’hui pour y circuler, 2400 Vélotoulouse sont disponibles. Les idées reçues sont tenaces. Le vélo serait dangereux. C’était vrai, ça l’est moins. En 2007, 11,5% des accidents concernaient les cyclistes. L’usage du vélo s’est développé mais l’accidentologie épouse une courbe inverse, 7% des accidents impliquant des cyclistes en 2012. Comme le symptôme d’un mal global, les relations entre piétons, automobilistes et cyclistes restent tendues. Un chantier reste à ouvrir, celui du civisme, de l’altérité, du respect, manière de prendre conscience que ce débat n’est pas celui des politiques, mais des citoyens qui peuvent tour à tour, être piétons, cyclistes, automobilistes. Tout un programme.
La rédaction
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