La start-up toulousaine Pili produit des encres naturelles à partir de micro-organismes proliférant sur du sucre. Monique Castro © Fabrice Gousset
Pour trouver un substitut aux colorants pétrochimiques si toxiques qu’ils en deviennent un frein au recyclage, Marie-Sarah Adenis, designer-biologiste et Thomas Landrain, biologiste, tous deux normaliens, ont eu l’idée de faire “pousser” de l’encre ! Comment ? En faisant proliférer des micro-organismes, champignons ou bactéries, sur du sucre. En effet, dans la nature, il existe des bactéries produisant naturellement des couleurs. Celle qui fabrique du bleu vit dans la terre. « Nous avons réussi à nous en procurer une souche. Nous l’avons apprivoisée et nous avons découvert qu’en la nourrissant régulièrement, au bout de sept jours, elle produisait du bleu », explique Marie-Sarah Adenis.
Ce qu’ils ont également observé, c’est qu’en augmentant l’acidité (à l’aide d’un citron), la bactérie devient rouge. En la diminuant, elle vire au vert. Cette technique de fermentation est déjà utilisée dans d’autres secteurs comme la pharmacie par exemple, où l’on crée de l’insuline à partir de bactéries. Ce qui est nouveau, c’est l’application de ce procédé aux colorants.
Pour développer le processus, les jeunes chercheurs ont fondé la start-up Pili, hébergée au sein de Toulouse White Biotectnology, démonstrateur préindustriel dédié aux biotechnologies. Et des entreprises ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour lancer la phase industrielle du projet, BIC notamment.
Aujourd’hui, la quasi-totalité des colorants, à l’exception de l’agroalimentaire, sont d’origine pétrochimique. « Pour préparer 1 kilo de colorant pétrochimique, il faut 1 000 litres d’eau, 100 kilos de pétrole et 10 kilos de produits chimiques.
Sachant que nous fabriquons chaque année 100 millions de tonnes de textile… », ajoute Jérémie Blache, l’un des cofondateurs de Pili. En comparaison, pour 1 kilo de colorant biosourcé conçu par Pili, la quantité d’eau est divisée par cinq et ne nécessite ni pétrole ni produits chimiques, juste du sucre. L’économie est également perceptible par rapport à une production naturelle : « Par exemple, pour créer du bleu, avec de l’indigo, il faudrait planter des indigotiers sur toute la surface de l’Allemagne », poursuit Jérémie Blache. « Avec notre mode de production, le quart de Berlin suffirait. »
La rédaction
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