Radios Libres. Durant deux semaines nous allons voyager sur la bande FM de l’agglomération. Retour sur l’histoire des radios libres et associatives bien de chez nous … Du national au local, état des lieux, état des ondes. La première en 1976 s’appelait Radio Barbe Rouge, tout un programme.
Par Julien Davenne
À l’origine était le vide. La FM était dans les limbes. Les ondes étaient longues, moyennes ou courtes. Les radios étaient officielles, d’État, sous contrôle. Il y avait un ministère de l’Information, un monopole, un ministre censeur et programmateur.
Vint le temps des périphériques. Émettant de pays limitrophes, de nouvelles radios s’ingéniaient à grignoter le monopole et secouer les habitudes. Installés en Allemagne (EuropeN°1), au Luxembourg (RTL), à Monaco (RMC), ou en Andorre (Radio Andorre), les émetteurs inattaquables arrosaient le territoire d’émissions souvent novatrices, parfois même iconoclastes. Mais les finalités étaient commerciales, la libération des ondes ne préoccupait pas ces sociétés bien établies, l’ordre régnait.
Pourtant, au milieu des années 60, les habitants du Nord de la France pouvaient capter des émissions d’un autre genre. Émettant de son bateau, ancré dans les eaux internationales, Radio Caroline donnait tout son sens à la dénomination de radio pirate.
Avec Giscard le diamantaire, les saphirs des platines ne connaissent aucune extension libératrice. Conservatrice et répressive, la droite gouvernementale ne se montre aucunement disposée à favoriser l’apparition de radios libres. Criant à l’anarchie et au chaos, le pouvoir traque, détruit, brouille et condamne. Peu avant son élection, François Mitterrand prend position pour la suppression du monopole. Cette opinion, émise sur les ondes de la radio clandestine Riposte, lui vaudra une mise en examen.
En 1981, la victoire du candidat de la gauche et la pression des radios pirates sonnent le glas d’une législation obsolète. La loi du 29 juillet 82 met un terme au monopole d’État. Celle de 1984 autorise la publicité sur ces mêmes radios. La manne publicitaire aiguise les appétits en tuant les illusions. D’un côté le business, de l’autre le militantisme. Pour schématique qu’il paraisse, le clivage n’en n’est pas moins réel et les masques tombent. L’idéal des uns est mis à mal par la voracité des autres. La manifestation de soutien à NRJ en décembre 84 illustre la confusion des genres. Alors que la radio ne respecte rien des obligations qui sont les siennes, l’autorité de régulation décide une suspension de diffusion de trente jours. Les dirigeants de la radio en profitent pour jouer les martyres et appellent les auditeurs à la rescousse. Deux cent mille jeunes descendent dans la rue pour soutenir une radio qui n’a jamais fait la preuve de son penchant militant. Née associative, NRJ, deviendra société commerciale en 1984, elle sera cotée en bourse en 1991.
Pirates, libres, périphériques, commerciales, publiques ou associatives, les radios jouent des coudes pour vivre ou survivre. Si les unes habillent leurs ondes d’autant de spots publicitaires que possible, d’autres ont pris la voie de l’engagement comme bretelle d’accès.
C’est en 1976 que radio Barbe Rouge a commencé à taquiner l’ordonnancement monolithique des ondes toulousaines. En 1981, elle est sortie de la clandestinité en devenant Canal Sud. Toujours vivace, la pionnière est maintenant l’aînée d’une couvée de 12 radios. Si les unes ont trouvé leur équilibre et leur auditoire, d’autres se débattent encore pour leur survie…
À suivre dès la semaine prochaine
La rédaction
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