Radios libres. Suite et fin de notre feuilleton sur ces radios associatives bien de chez nous … Tour d’horizon de micros qui sont aussi la garantie d’une liberté d’expression dans la ville.
Par Julien Davenne
« Une radio, ça sert soit à réfléchir, soit à passer des disques pour s’endormir » L’affirmation, émise par un taulier historique de Canal Sud est sans équivoque. Dès sa création et sans doute parce que le combat était consubstantiel de sa propre existence, l’ancienne Radio Barbe Rouge a tourné son micro vers l’écho des luttes. Prisonniers, immigrés, femmes en lutte, minorités, Canal Sud s’est affirmé comme la caisse de résonnance des combats d’une époque ; la sienne. Aujourd’hui, les choses semblent plus complexes, comme s’il était plus difficile de passer d’une mentalité de résistance à une mentalité d’existence. Avec la libéralisation des ondes, est arrivée une question qui auparavant trouvait réponse dans la débrouillardise et la générosité : celle du financement. En 84, la pub devient accessible aux radios associatives. Nombre d’entre elles trairont goulûment la vache à lait publicitaire. Dans la foulée, elles quitteront bien souvent le statut associatif pour devenir entreprises à part entière. Pour Canal Sud, c’est non. La pub n’a rien à faire sur ses ondes. Accepter la pub serait un reniement. Alors, pour subvenir à ses besoins et assurer son équilibre, Canal Sud a fait un choix, celui de la subvention et de la mobilisation. Du côté de Radio Campus, on sait ce que situation délicate veut dire. Après avoir frôlé la catastrophe économique, la radio est revenue à une situation moins tendue. Quand la radio a touché le fond en 2011, elle a reçu beaucoup de soutiens, y compris, (c’est la seule) une subvention de la Ville de Toulouse. Les trois CDI de la radio ont pu être sauvegardés et le studio de la rue des Lois a pu continuer à titiller les oreilles estudiantines. Depuis les années pirates, Radio Mon Pais est au front. Radio de la CGT, Mon Pais veut occuper le créneau de l’information sociale et culturelle de proximité. Six salariés assurent une présence à l’antenne mais ce sont aussi plus de 80 bénévoles qui garantissent la diversité de la grille. À Radio Kol Aviv, le recours à la pub est possible. Si c’est l’association culturelle israélite de Toulouse qui gère la radio, c’est l’engagement des animateurs et des techniciens, tous bénévoles, qui assure émissions et diffusion. Sur Kol Aviv, il y a de la pub, mais ce sont la subvention et l’appui de la communauté qui garantissent le financement de la radio. Sur le plateau de la balance des radios associatives, l’équilibre se fait par le biais de deux poids indissociables. D’un côté les bénévoles, 25000 au niveau national, de l’autre, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER). C’est cet organisme, émanation du ministère de la Culture qui alloue les subventions. Au niveau national, 649 radios sont éligibles à une subvention pouvant aller de 3900 à 42000 €. La subvention représente en moyenne 38% des budgets des radios. Si les radios associatives peuvent toujours se dire libres, c’est que la défense de leur indépendance est l’objet d’une attention farouche. S’il venait à l’esprit d’un pouvoir politique de remettre en question l’existence de ces radios, nul doute qu’elles retrouveraient dans l’instant leurs réflexes de pirates. Mais la question ne se pose pas; jusqu’à nouvel ordre.
La rédaction
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