Tragique. Plus que jamais les « Restos » sont nécessaires. La crise sévit et ils sont de plus en plus nombreux à avoir faim … Hé oui nous sommes en 2015 !
Par Julien Davenne
C’est le 26 septembre 1985 que Michel Colucci a lancé, sur Europe 1, son appel fondateur des restos du cœur. Il prévoyait l’ouverture d’un resto à Paris dans la perspective de servir entre 2000 et 3000 repas par jour, avant de développer l’initiative vers la province. Un an plus tard, une semaine avant le sinistre 18 juin 1986, il répondait aux questions de Michel Denisot, constatait que les promesses des politiques avaient été administrées sous forme de suppositoires et que le crédit étant épuisé, il ne fallait plus compter que sur l’initiative solidaire pour combattre et refuser l’inacceptable. Coluche avait raison. Trente ans plus tard, le bilan est rude. Plus d’un milliard de repas servis, 8,5 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, les restos sont passés de nécessaires à indispensables. Coluche avait raison. Les restos se sont multipliés, déployés vers la province. S’ils achèvent cette semaine la campagne hivernale, ce n’est pas que les bénéficiaires soient repus, mais seulement qu’après l’hivernale, arrive la campagne estivale. Durant la campagne 2013/2014, les restos de la Haute Garonne, ont distribué 1 378 367 repas, 8455 colis d’urgence alimentaire, 9405 aides aux bébés de 0 à 12 mois, 4574 aides aux bébés de 12 à 18 mois. Aux restos, on est soucieux de réduire les coûts de fonctionnement. En redistribuant 93% des sommes collectées, l’association témoigne de la rigueur de sa gestion et de sa volonté de traquer le superflu.
« La politique ? Madame Privat ne veut pas en parler »
Quatre salariés travaillent pour l’association sur la Haute Garonne. C’est qu’en plus des restos, il y a aussi les 29 centres de jour, le dispositif d’accès au droit, à la santé, à la culture, l’accompagnement des retraités, la distribution de livres, le centre des « gens de la rue », le centre d’hébergement. Un budget de 800000€, 1390 bénévoles, 350 repas servis tous les soirs. C’est une entreprise que dirige Josette Privat. Cette ancienne apicultrice, présidente des restos de la Haute Garonne depuis 4 ans, s’est engagée auprès des restos en 2005. Depuis, elle voit croître le nombre de bénéficiaires et se multiplier les problématiques. Les émergences successives des travailleurs pauvres, des jeunes ne pouvant bénéficier des aides et des retraités précaires sont venues élargir le périmètre de la misère et de l’exclusion. Alors, elle fait face, bataille, interpelle et sollicite. Depuis deux ans, elle questionne la Mairie de Toulouse pour obtenir des locaux supplémentaires. Mais depuis deux ans et quelle que soit la couleur politique de l’équipe municipale, la réponse se fait attendre, comme si tout le monde louait l’action des Restos, comme si personne ne pouvait traduire dans les faits un soutien encore virtuel.
La politique ? Madame Privat ne veut pas en parler et si elle pense que la situation actuelle est avant tout un échec de la société, c’est peut-être qu’elle estime aussi que les politiques ne sont pas les seuls responsables.
Depuis l’appel de 1985, 13 premiers ministres et 4 présidents se sont succédés. Chaque programme a porté son lot de promesses, d’engagements et d’oublis. En politique, pour avoir une bonne conscience, il faut avoir une mauvaise mémoire, disait Coluche. Indémodable.
La rédaction
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