CARAVANE. Chaque semaine cet été, nous explorons le monde du travail. Dans la peau de ceux qui s’y frottent pour les premières fois. Maud vient d’Escalquens mais, pendant le mois de juillet, elle fait le Tour de France. Elle transpire mais ne met pas un pied sur un vélo.
Par Marine Mugnier
« Maitriser le lancer de bob c’est une compétence difficile à acquérir, tout dépend des conditions météorologiques ». Marion, hôtesse du Tour de France pour la deuxième année consécutive, prend son travail au sérieux. 3000 chapeaux sont distribués par jour par son équipe. 800 000 pendant l’intégralité de la compétition. « Mon épaule commence à sentir les mouvements répétitifs », raconte la jeune femme. La future institutrice, le temps d’un tour, troque donc les bancs de la fac pour la caravane du Tour, ce long défilé de voitures publicitaires qui précède les cyclistes. Elle y distribue des cadeaux sponsorisés, des “goodies” d’un grand constructeur automobile.
Marion n’a pas obtenu ce job d’été très prisé grâce à sa grande connaissance du monde du vélo, mais avec l’aide de son père qui travaille pour une marque partenaire de la compétition. La jeune étudiante, sans gêne aucune, assume : « J’avoue que je n’y connais pas grand-chose en cyclisme ». Elle admire l’exploit des coureurs, « ils ont de la ressource », cependant le Tour de France, côté sport, n’a pas l’air de faire partie de ses préoccupations. « J’essaye quand même de suivre qui est le maillot vert », précise-t-elle.
Sa mission est ailleurs. Loin des clichés de potiche en maillot de bain, représenter la marque est pour elle une grande responsabilité. « Les gens viennent à 50% pour les cyclistes et à 50% pour la caravane », explique-t-elle. Quand elle prend place dans le véhicule, Marion se sent importante : « Les gens nous attendent, essayent de capter notre regard, comme si l’on apportait quelque chose de précieux ». Elle décrit l’ambiance de la foule comme celle d’un autre monde. Un monde où le goodies est roi. « Le bob, c’est un symbole du tour, un collector », ajoute- t-elle en bonne publicitaire.
De temps en temps, face à une foule prête à tout pour un chapeau, l’hôtesse a le droit à un « Allez, balance, radine », elle se concentre alors sur la musique et se met dans sa bulle. Les insultes sont rares, la majorité des spectateurs du Tour est d’humeur festive. « Les enfants, par exemple, prennent le bob comme un trophée et ça, ça vaut toutes les insultes du monde », se réjouit Marion. Les conditions de travail sont difficiles : danser toute la journée, écouter les 25 mêmes morceaux de musique qui tournent en boucle… Pourtant, elle ne se plaint pas, le jeu en vaudrait la chandelle. Elle prend son travail à cœur, à tel point qu’elle a parfois du mal à arrêter d’y penser : « La nuit, je rêve des chorégraphies », avoue-t-elle.
Autre épreuve de ce Tour : elle a seulement deux jours de repos sur les trois semaines de compétition et confesse ne s’arrêter que pour dormir. Les hôtesses et chauffeurs qui représentent une marque, se réveillent dans les mêmes hôtels, font leurs valises, nettoient les voitures, et de 10h à 16h montent sur le char pour distribuer les bobs. « Le seul moment où l’on a quartier libre est celui du repas », raconte Marion. Mais là encore, elle ne semble voir que le positif : « On est 24h sur 24 et 7 jours sur 7 ensemble, un peu comme une grande famille ».
Une vie en communauté dont elle profite pour découvrir la gestion de groupe. À la rentrée, elle sera stagiaire dans une classe de CE2, et appliquera ce qu’elle a appris cet été : « Je vais pouvoir être chef d’équipe de ma classe ».
La rédaction
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