Quand Eloïse demande un job d’été à la mairie, elle sait que sa riche expérience d’animatrice l’aidera à emporter quelque chose. Bafa, centres de loisirs, colos, chantiers jeunes, à 22 ans, elle pensait avoir tout expérimenté… ®franckalix-5
« On m’avait bien dit de ne jamais y aller un soir de loto, mais là, je n’avais pas le choix. Je devais quand même visiter plus de 40 clubs des aînés de Toulouse en un mois, en transports en commun. Quand j’ai interrompu la partie et pris le micro pour parler aux 200 personnes présentes du plan canicule, des sorties culturelles et de la gym à Toulouse Plage, j’ai été accueillie par des huées. Ouh ! Silence ! Le loto, le loto ! Absolument personne ne m’écoutait.»
Des mois après avoir déposé sa demande pour un emploi d’été de la mairie, Eloïse n’apprend son affectation qu’une semaine avant de débuter : animatrice seniors, au service des politiques de la solidarité. Un job test, pour essayer de créer du lien avec les personnes âgées qui restent l’été à Toulouse.
Sa mission : partir à la rencontre de tous les clubs de seniors de la ville, s’assurer de la bonne mise en place du plan canicule et faire connaître les animations à disposition.
« Le loto, ce n’était pas une bonne idée. Ce sont des passionnés, ils ont leurs prop
res jetons magnétiques avec ramasse-jetons. Des pros. Mais à part ce soir-là, ils m’ont plutôt très bien accueillie et en un mois, j’ai découvert une partie de Toulouse que je ne connaissais pas. Mon travail n’était pas très utile en soi, mais moi, il m’a transformée».
De club des aînés en restaurants seniors, Eloïse découvre tous les quartiers et recoins de la ville. La plupart des personnes âgées qui fréquentent les lieux ont passé une partie de leur vie dans le quartier. Ils en forment la mémoire vivante, se souviennent des commerces, des figures marquantes, des maisons démolies et immeubles construits. « Je me suis aussi rendue compte que la qualité des lieux d’accueil où ils se retrouvent est à l’image du quartier… celui des Carmes est incroyable, assez chic, avec de jolis fauteuils de rotin. Les membres sont élégants et cultivés, ils viennent là comme dans un club anglais. Par contre, vers Bagatelle, il n’y avait que quelques chaises en plastique dans un préfabriqué. Jamais je n’aurais imaginé qu’il y ait autant de vieux dans cette ville. Quand on est étudiante ou jeune active, on ne les croise pas. C’est comme s’ils vivaient dans une autre strate de la ville. Souvent d’ailleurs, ils parlaient de lieux devenus inaccessibles pour eux. J’allais dans les restaurants sociaux, je mangeais avec eux. C’est facile de créer du lien entre les générations, ils sont demandeurs. Certains sont dans une telle solitude, dans une grande précarité aussi. Une fois, je suis restée toute l’après-midi jouer à la belote et je crois que je me suis autant amusée qu’eux.
Les premiers jours, je me disais, qu’est-ce que je vais faire, qu’est-ce que je vais leur dire ? J’ai compris qu’il faut se présenter, d’une manière assez formelle. Ensuite, ils se présentent à leur tour. Ils semblent se valoriser dans cette forme de sociabilité, ancienne pour moi. Les hommes sont vite assez charmeurs, ils cherchaient à attirer mon attention, mademoiselle, mademoiselle !
Ce qui m’a le plus troublée, c’est l’inégalité devant la vieillesse. À 75 ans, certains sont vieux, dans leur tête et dans leur corps. Alors que j’ai rencontré un monsieur qui, à 98 ans, prenait des cours d’Anglais. Quand je suis partie, il m’a dit : I hope you will be back. »
Les emplois d’été de Toulouse Métropole
Eloïse a obtenu ce job d’été en faisant une demande auprès de la mairie. Chaque année, au mois de février, Toulouse Métropole propose des emplois saisonniers aux jeunes entre 18 et 25 ans, en priorité des étudiants.
Après réception d’un CV et d’une lettre de motivation, la ville choisit les heureux élus et distribue le travail. Il s’agit surtout d’emplois dans les musées, les services de nettoyage, les jardins, répartis sur l’ensemble de l’agglomération.
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