C’est à l’université du Mirail, rebaptisée Jean Jaurès, qu’est née l’université alternative. Etonnant ? Non, pas pour cette fac toulousaine à l’histoire sociale riche et engagée. Rencontre avec les militants dans leur lieu privilégié, le « foyer de géographie ».
Petit bond dans le temps. Le 19 novembre dernier, la mobilisation démarre au Mirail, dans une période propice aux revendications mais aussi aux amalgames. Les rassemblements contre les violences policières et en hommage à Rémi Fraisse, tué alors qu’il protestait contre la construction du barrage de Sivens, sont au cœur de l’actualité et relancent l’effervescence contestataire. Au milieu des blocages de la fac, des étudiants réagissent et entament une belle initiative. Le mouvement ZIC, comprenez Zone d’Interpellation et de Conversation, annoncera les prémices de l’Université Alternative.
De l’importance du vivre ensemble
Face aux moyens de lutte traditionnels tels que les assemblées générales, « c’est pour faire avancer le débat autrement, interpeller et informer les gens » qu’un petit groupe décide d’occuper la fac. Tentes, tipis, fours, tout cela ne durera que jusqu’au 23 décembre, date à laquelle ils seront expulsés par 150 CRS, membres du GIPN et autres forces de l’ordre. Si quelques uns sont restés dans l’enceinte de l’établissement durant les vacances, c’est à la rentrée que tout a redémarré avec une meilleure organisation et communication. Malgré quelques revendications chères aux étudiants (travaux de réhabilitation de l’université en partenariat public privé avec Vinci, dépenses incomprises pour des bâtiments qui seront ensuite démolis, privatisation de l’université, sélectivité ou fermeture des filières), l’Université Alternative va au-delà de tout cela. « Nous avons décidé de faire des propositions, d’établir des objectifs et de montrer que nous pouvons créer quelque chose ! » lance l’un d’eux. Véritable laboratoire de création, ce n’est donc pas la finalité qui leur importe, mais la façon de le faire : ensemble.
En constante évolution, la mobilisation, avec en son cœur « la réappropriation de notre fac et de notre vie », crée, par une volonté commune, un espace autonome et gratuit d’expression libre. « Ouvrir le débat, partager les savoirs et les connaissances, développer son esprit critique, mettre fin au clivage profs/étudiants et au discours unilatéral avec une organisation horizontale », précise Iris, sont autant de points essentiels. Pour y arriver, de nombreux ateliers sont organisés autour des savoirs universitaires, de l’autonomie (permaculture, cuisine, médecine), de la volonté de « changer le monde » (désobéissance civile, informations sur des mouvements…) et surtout de la vie collective (recherche, expérimentation sociale, expériences personnelles…). Parce que oui, les militants comprennent l’importance du collectif et de récréer des liens de solidarité. De quoi éveiller les consciences.
Myriam Balavoine
La rédaction
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