Pour Thimoléon Resneau, éleveur de brebis, le loup doit redevenir sauvage et avoir à nouveau peur de l’homme. C’est à ses yeux, la seule solution pour qu’une cohabitation soit possible.
Monique Castro
Quand Julie Resneau a repris avec son mari Thimoléon l’exploitation familiale d’élevage de brebis, à Pomy dans l’Aude, il y a de cela une quinzaine d’années, les loups, on n’en parlait pas. Du moins pas dans le Sud audois. “Et puis, il y a quatre ans et demi, les premières attaques de troupeaux ont commencé”. Il s’agit d’un loup solitaire qui rôde dans un triangle s’étirant entre Castelnaudary, Mirepoix et Limoux. “Et qui, d’après l’Office national de la chasse et de la faune sauvage serait à l’origine de la mort d’une centaine de brebis par an“. Lui-même déplore trois attaques sur ses troupeaux. Président de la Fédération départementale ovine de l’Aude, s’il se fait le porte-parole de l’inquiétude des éleveurs face au loup. Il entrevoit une solution qui pourrait peut-être mettre tout le monde d’accord, ou presque.
Dans sa ferme entourée de vallons et de bois, il dessine un trajet de la main : Fanjeaux, Mirepoix. Et au milieu des bosquets, des champs de céréales et des éleveurs. “Quand le loup arrive à Pomy, dans le piémont pyrénéen, où commencent de grandes forêts, il fait demi-tour. Au lieu de chasser comme le ferait un loup sauvage, il retourne se servir dans les troupeaux sédentaires“, poursuit Thimoléon Resneau.
Pour lui, il n’y a pas de doute, la cohabitation peut être possible si le loup redevient ce qu’il est : un animal sauvage. “En Espagne, où il n’a jamais disparu, il existe une sorte de répartition du territoire”, décrit Julie Resneau qui vient d’assister à une conférence sur ce prédateur. “Le loup sait que s’il s’approche trop des exploitations, il est en danger. Le problème, c’est qu’en France, il n’a plus peur de l’Homme”. Et hésite de moins en moins à roder près des habitations.
La troisième attaque sur les brebis du couple Resneau s’est déroulée tout près de la ferme. “La biodiversité ? Pourquoi pas, mais avec des animaux sauvages pas avec des loups déviants comme celui qui traîne par chez nous”. Son pari, c’est que redevenu sauvage, l’animal se remettrait à chasser ; un équilibre, espère-t-il, pourrait ainsi s’installer. D’autant que des zones sauvages, qui avaient quasiment disparu au début du XXe siècle, refont leur apparition en France avec la diminution du nombre d’exploitations agricoles.
Thimoléon a en mémoire deux meutes de loups qui sévissaient dans le Sud-Est de la France, l’une sauvage qui cherchait sa nourriture dans la nature, l’autre semi-sauvage s’en prenant aux troupeaux. Cette dernière a été abattue et depuis, il n’y aurait plus eu d’attaque. En attendant qu’une solution soit trouvée, et que ses bêtes puissent évoluer où bon leur semble comme par le passé, Thimoléon Resneau a clôturé les champs où paissent ses brebis et acheté trois ”patous”. Ces chiens des montagnes des Pyrénées ont longtemps accompagné les bergers pour surveiller les troupeaux. On les a vus réapparaître avec la réintroduction des ours et maintenant avec l’apparition des loups. “Il faudrait que l’Homme et le loup arrivent à trouver leur territoire dans le respect mutuel”, reconnaît-il. “Après tout, nous sommes des prédateurs tous les deux.”
La rédaction
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