Media. Depuis vendredi dernier, Télé Toulouse n’émet plus suite à sa liquidation judiciaire. Retour sur une saga économique et politique sans happy-end.
Par Séverine Sarrat
Après 27 ans de service, TLT a définitivement baissé le rideau. La seule télé locale de la région n’est plus. Créée en 1988, sous l’impulsion de Dominique Baudis, alors maire de Toulouse, TLT voit le jour à Compans-Caffarelli et peut se targuer d’être l’une des premières chaînes locales de France. Le Capitole et Vivendi en sont alors les actionnaires. Mais en 2002, Vivendi se désengage et de nouveaux partenaires se manifestent : Lagardère, La Dépêche du Midi, Sud Communication (Pierre Fabre) et la Caisse d’Epargne font leur entrée dans le capital. Dès lors, les salariés témoignent d’un renouveau, plus faste. Les plateaux sont déménagés à l’Arche Marengo, les décors sont plus sophistiqués, bref « la petite télé toulousaine se parisianise. » Mais l’arbre de l’abondance cache la forêt d’une dette qui commence à se creuser : le résultat net de la chaîne est en chute libre et rien ne le redressera plus. Et l’avènement puis le développement de la TNT n’arrange rien, puisque TLT jusqu’ici diffusé sur la « 7 » se retrouve reléguée sur le canal 31, certes prédestiné, mais qui fait perdre la chaîne en visibilité. En difficulté, la chaîne locale est placée en redressement judiciaire et un plan social est à l’origine du licenciement de la moitié de l’effectif.
« Le Tribunal a prononcé la liquidation judiciaire le 3 juillet dernier. »
Le Tribunal de commerce de Toulouse décrète finalement un plan de continuation destiné à sauvegarder TLT tout en assurant le remboursement du passif s’élevant à 5 millions d’euros. Franck Demay, nouveau directeur sera en charge de cette mission. Une réorganisation de fond s’opère alors, le Toulouse Football Club et le Stade Toulousain entrant à leur tour au capital de la chaîne. Quant au service commercial, il est externalisé à La Dépêche du Midi. Mais le dispositif ne fonctionne pas et TLT s’enfonce, les recettes publicitaires ne sont pas au rendez-vous. Il se dit en coulisses que la DDM n’aurait pas joué le jeu et « souhaitait se payer la tête de Franck Demay. » Qu’importe, ce dernier ainsi que la régie O2pub sont remerciés par Pierre Cohen, maire de Toulouse à l’époque. Dès lors, plus aucun service commercial n’est assuré et la chaîne passe sous perfusion publique, la mairie, la métropole et la Région deviennent les principaux financeurs, à hauteur de 1.5M€ par an. Malgré tout, en 2014, le Tribunal de commerce reprend le dossier pour non-respect du plan de continuation et la chaîne devient un enjeu politique, chaque collectivité se renvoyant la responsabilité. La Région, en pleine campagne électorale, tarde à renouveler son Contrat d’objectifs et de moyens (COM), de même que la municipalité actuelle, accusée par l’opposition et les salariés « d’avoir voulu faire couler la chaîne trop couteuse. » Pour eux, la mairie « est le premier financeur mais aussi le premier fossoyeur. » Les COM ont été revotés mais ils ne sont pas suffisants pour éponger la dette qui s’élève aujourd’hui à plus de 2M€. Le Tribunal a donc prononcé la liquidation judiciaire le 3 juillet dernier. Seul espoir de voir encore une télé locale à Toulouse, l’intervention d’un repreneur privé pour ressusciter TLT, mais à priori les candidats ne se bousculent pas.
Severine Sarrat
Au journal depuis 2008, elle en connaît tous les rouages. D’abord journaliste polyvalente, puis responsable des pages économiques, elle est aujourd’hui rédactrice en chef.
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